7 pourcentages sur les Franciliens et le confinement

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LISTICLE. Tabac, conso, sexe, sport, travail : quels ont été les comportements des habitants d’Île-de-France durant la période de confinement ? À peu près ça…

32 %
Ils ont fait grave du sport en ligne.

Ils sont champions de France en la matière, selon Fitness Magazine qui s’est associé à l’IFOP pour étudier « la pratique sportive des Français à l’ère du COVID-19 ». Ils sont aussi, juste derrière les Bretons, les champions du subterfuge puisque 29 % d’entre eux ont avoué à l’IFOP qu’ils avaient utilisé l’activité physique comme prétexte pour sortir de chez eux. Lorsque l’on sait que « 1,8 million d’habitants du Grand Paris sont à l’étroit dans leur logement » (selon l’APUR), que la surface moyenne d’un logement francilien est de 76 m2 (contre 92 m2 pour la moyenne nationale) et que 29 % des Franciliens ne disposent pas d’un espace extérieur dans leur logement (contre 11 % en province), on comprend leur mensonge. On comprend aussi qu’ils aient été les Français à effectuer le plus de sorties hebdomadaires : 2,6 selon une enquête ODOXA pour France Bleu.

+24 %
Ils ont acheté un « paquet » de cigarettes.

Et la vente de tabac à rouler a augmenté de 39 % entre mars et avril (mois de confinement complet). Tels sont les chiffres cités par la Seita d’après des données fournies par le distributeur de tabac Logista (+19,5 % pour les cigarettes et +43,4 % pour le tabac à rouler au niveau national) et qui pourraient montrer que les Franciliens ont plus fumé durant le confinement. En fait, cette hausse spectaculaire trouve surtout son explication dans « la fermeture des frontières liée à la crise sanitaire » et au retour subséquent sur le marché légal « de fumeurs qui s’approvisionnaient sur un marché parallèle (frontières ou contrebande) et les ont obligés à effectuer leurs achats auprès des buralistes français », explique la Seita.

Une analyse confortée par les chiffres relevés dans les régions frontalières : +71 % de ventes dans les communes frontalières avec l’Allemagne et +50 % dans les communes frontalières avec l’Espagne. 

La hausse serait donc un trompe-l’œil. D’ailleurs si l’on regarde les chiffres pour Paris où les ventes ont augmenté de 13 % entre mars et avril 2020, on constate aussi que sur un an elles ont baissé de 32,8 % selon Logista, soit la plus forte baisse pour un département français. Et l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies évalue à 22 % la part de fumeurs en Île-de-France.

-83 %
Ils ont respecté le confinement à la lettre.

Dans une analyse parue au mois d’avril, Kisio, filiale de Keolis, montrait que les déplacements en Île-de-France avaient chuté de 83 % lors des deux premières semaines du confinement ; la plus forte baisse enregistrée pour une région française. Certes, l’exode des Franciliens dès le début de la crise a pu jouer et certes la dominante des transports publics y est pour beaucoup ; Kisio notant une baisse de 86 % de la fréquentation des transports en commun en Île-de-France entre le 4 et le 18 mars. Une décrue telle pour les métros et les bus que la part modale des véhicules individuels a augmenté, elle, de 10 %. Une hausse en trompe-l’œil si l’on prend en compte les chiffres big data d’Apple Mobility Trends qui recense l’évolution des demandes d’itinéraire : au mois de mars, les déplacements en voiture ont pu décroître jusqu’à 90 %.

Dans Paris, les déplacements à pied ont décru de 58 % en moyenne contre 40 % en France selon les big data d’Apple. Des chiffres qui contredisent certaines images qui pouvaient faire croire que les Parisiens ne respectaient pas le confinement.

43 %
Ils ont télétravaillé moult.

Les Français ont beaucoup télétravaillé durant le confinement. À peu près un quart des actifs, soit 24 %, selon une étude Odoxa pour France Bleu. Cette proportion est encore plus élevée pour l’Île-de-France, atteignant 43 %, soit presque un actif sur deux. En comparaison, nos voisins normands ont adopté le télétravail à 11 %, soit quatre fois moins !

Cette particularité francilienne peut s’expliquer par la forte prédominance des transports publics qui ont très peu fonctionné durant la crise sanitaire, obligeant les actifs à rester chez eux. Elle trouve aussi son origine dans le nombre d’entreprises de grande taille, plus en mesure de faciliter ce mode de travail, et surtout dans leur typologie avec un secteur tertiaire qui emploie de nombreux cadres et professions intellectuelles supérieures. La part de ces cadres dans la structure de la population active francilienne est, en effet, de 30 %, soit plus du double de la province (14 %). Grâce à ce télétravail, les CSP+ de la région francilienne ont ainsi pu préserver leur emploi tandis que 56 % des Français appartenant aux catégories populaires ont du cesser toute activité. En la matière, le confinement aura donc aggravé les inégalités sociales et territoriales.

+58 %
Ils ont dopé la consommation en province.

L’exode des Franciliens (plus d’un million selon Le Monde) a largement profité à la province. Selon une étude du cabinet Nielsen, le chiffre d’affaires grande consommation des villes dotées de plus de 50 % de résidences secondaires a augmenté de 58 % dès la première semaine du confinement. Dans certaines stations balnéaires, comme l’île de Ré ou le bassin d’Arcachon, on atteint même les 60 à 70 %. La même étude nous renseigne en creux sur le profil sociologique de ceux quoi sont partis de Paris : le chiffre d’affaires grande consommation a baissé dans le centre de la capitale et connu des records dans sa partie est. Expert Géo-Marketing chez Nielsen, Rémi Adam analyse : « Le centre de Paris et d’autres quartiers ont subi un contrecoup en raison de l’absence de touristes, de bureaux et logements habituellement loués à la semaine désormais inoccupés, sans oublier les nombreuses boutiques désormais fermées qui faisaient également vivre via leurs visiteurs les rayons snacking des magasins. »

Nielsen note par ailleurs que les « drive » auront été les grands gagnants du confinement. Au sein de la métropole du Grand Paris, ils ont connu une évolution de +47 % en moyenne sur sept semaines. C’est moins que pour le territoire national (+68 %), mais la métropole parisienne se caractérise avec un pic allant jusqu’à +89 % au bout de cinq semaines.

+41,5 %
Ils se sont connectés massivement aux sites pornographiques… avant de les déserter.

Le mardi 17 mars, premier jour du confinement, la plateforme pornhub, leader mondial de vidéos pornographiques, connaissait un incroyable pic d’activité en Île-de-France : +41,5 % de visites par rapport à un « jour normal ». La fréquentation du site a ensuite fortement diminué, notamment à partir du week-end suivant, pour s’établir à une moyenne de +11 %. Beaucoup moins que toutes les autres régions françaises – certaines affichant des moyennes à +30 % -, ce qui peut accréditer l’idée d’un exode important des Franciliens vers la province.

Ces chiffres peuvent être mis en rapport avec une autre étude réalisée par l’IFOP pour Charles.co, plateforme en ligne de médecins sexologues, qui révèle que 44 % des Français n’ont eu aucune relation sexuelle durant le confinement, une proportion qui augmente même à 50 % pour l’agglomération parisienne. L’avènement de la société « sans contact » gagne donc aussi les rapports intimes. 

+42 %
Ils veulent partir. Et tout de suite !

C’est ce que nous dit une étude réalisée par le site Paris, je te quitte, qui a interrogé un échantillon de 866 personnes entre le 12 et le 17 mai, soit au sortir du confinement strict décrété le 17 mars. Paris, je te quitte note, en effet, qu’avant le confinement 38 % des Franciliens voulaient partir « dès que possible » et qu’ils sont dorénavant 54 %.

Certes, le site en question, qui prône la mobilité régionale, plaide pour sa paroisse. Il n’en demeure pas moins que le désir d’exode chez les Franciliens est réel. Dans une autre étude parue en 2019, l’Insee relevait une baisse du solde migratoire dans la région de 0,4 % entre 2012 et 2017, la hausse globale de 0,5 % étant due à celle du solde naturel (+0,9 %). Et contrairement à ce que l’on peut croire, Paris n’est pas seule a être touchée par l’exode : tous les départements franciliens sont concernés, excepté l’Essonne et la Seine-et-Marne dont le solde migratoire est de 0 %.

Autrement dit, avant le confinement, déjà, les Franciliens voulaient s’en aller (et le faisaient). Toujours en 2019, Cadremploi avait relevé dans une enquête que 82 % des cadres franciliens envisageaient de quitter la région, leur désir étant contrarié par la peur de ne pas trouver ailleurs les mêmes opportunités d’emploi.

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