À Saclay, l’avenir est aussi dans les graines

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Récolte ds graines pour la pépinière de Saclay
Crédit : Carlos Ayesta
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L’EPA Paris-Saclay a entamé depuis un an la mise en place d’une pépinière expérimentale afin de préserver et reproduire les écosystèmes locaux. C’est sur la ZAC de 55 hectares de Satory Ouest que des travailleurs handicapés en récoltent patiemment les graines.

Quand on pense Satory, on pense camp militaire, armée, on pense gendarmerie, on pense aussi Versailles puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un des quartiers de la ville – un quartier assez éloigné quand même. On pense Louise Michel et communards qui y furent enfermés en 1871. On pense Clément Ader et débuts de l’aviation. On pense aussi Saclay, forcément, on pense cluster, R&D, innovation et organismes de recherches sur les mobilités du futur. Dorénavant, il faudra aussi penser graines. Pas des graines de chercheurs, non des vraies graines, celles qui donnent des plantes.

Le local, tout est là

L’Établissement public d’aménagement (EPA) Paris-Saclay a suffisamment fait parler de lui à propos de l’urbanisation à marche forcée du plateau de Saclay et de l’empiètement des terres agricoles pour ne pas tenter de réhabiliter son image. En 2019, il a donc mis en place, en collaboration avec la Ville de Versailles, la Communauté d’Agglomération Versailles Grand Parc, l’Arboretum de Chèvreloup (établissement botanique du Muséum national d’Histoire naturelle), une pépinière expérimentale de multiplication de plantes locales ; projetsoutenu par la Région Île-de-France dans le cadre de l’Appel à Manifestation d’Intérêt « Soutien aux initiatives d’urbanisme transitoires ».

La pépinière s’inscrit dans le projet urbain de la ZAC Satory Ouest qui ambitionne de créer un quartier de ville structuré par une trame paysagère puissante et préservant la biodiversité locale. Le local, tout est là. Son érosion, accélérée par l’étalement urbain, les pratiques de l’agriculture intensive, la pollution et le dérèglement climatique, est particulièrement inquiétante.
La vidéo suivante de l’Agence française pour la biodiversité est éclairante sur le sujet :

Récolter pour replanter

À Saclay, les projets d’urbanisation ne sont pas prêts de s’arrêter. L’idée serait plutôt de minimiser leur impact sur la faune et la flore locales. Chargée de projet à l’EPA Paris-Saclay, Zelda Prou-Kerrec explique ainsi l’ambition de la pépinière : « Elle a pour objectif de restituer les milieux naturels existants qui seront impactés par les opérations de dépollution des sols. Ces milieux seront recréés dans les futurs espaces publics du projet en utilisant des plants et semences récoltés sur le site même. Plus précisément, il s’agit de répondre à une partie des besoins en espèces herbacées nécessaires à la restitution des milieux (espèces caractéristiques des milieux humides et des prairies mésophiles) »

Autrement dit : créer des semis durables, éviter l’appauvrissement génétique des espèces végétales, préserver les écosystèmes et assurer une bonne réadaptation des espèces aux conditions locales. Selon l’EPA Paris-Saclay, la pépinière « permet également de limiter les achats d’autres espèces végétales et herbacées et de réduire l’empreinte carbone de l’aménagement des futurs espaces publics en limitant les déplacements routiers ».

Tout à la main

Le projet a été confié à l’association Pariciflore, qui constitue peu à peu un catalogue de semences sauvages présentes en Île-de-France. Après une première récolte en 2019, Pariciflore conduit une deuxième phase depuis le début de l’été 2020 sur les 55 hectares du quartier Satory Ouest à Versailles. La récolte des graines, le séchage, le tri et le conditionnement se font à la main en fonction des espèces et des conditions climatiques. À ce jour, ce sont les graines de sept espèces qui ont été prélevées : Brome mou (Bromus hordeaceus), Brome stérile (Anisantha sterilis), Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris), Marguerite (Leucanthemum vulgare), Myosotis des champs (Myosotis arvensis), Vesce hérissée (Ervilia hirsuta), Vesce commune (Vicia sativa).

La récolte est assurée par une équipe de travailleurs de l’Établissement et service d’aide par le travail (ESAT) Jean Pierrat situé à Buc (Yvelines). Histoire de concilier préservation de l’environnement et intégration sociale.