Confinement : Un impact sur les arrêts cardiaques dans le Grand Paris

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Densité des installations médicales et augmentation de l’incidence de l’OHCA à Paris et sa banlieue pendant la période pandémique
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DOCUMENT. Une étude menée par le Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris) en collaboration avec la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, parue dans The Lancet, révèle que le nombre d’arrêts cardiaques au sein du Grand Paris a doublé durant la période de confinement, par rapport à la même période des années précédentes.

Grâce aux données issues du registre francilien du Centre d’Expertise Mort Subite, dont l’objectif est de collecter des informations en temps réel sur toues les arrêts cardiaques extra-hospitaliers ayant lieu dans Paris et la petite couronne, les chercheurs ont pu établir que le nombre d’arrêts cardiaques était resté stable dans le Grand Paris au cours des 9 dernières années : soit une incidence hebdomadaire maximale de 13,42 arrêts cardiaques pour 1 million d’habitants. Durant les 6 premières semaines de confinement (du 16 mars au 26 avril), en revanche, cette incidence hebdomadaire maximale s’est élevée à 26,64 arrêts cardiaques pour un million d’habitants.

Cinq cent vingt et un arrêts cardiaques hors hôpital ont ainsi été dénombrés entre le 16 mars et le 26 avril. Comment expliquer un tel phénomène ?

L’équipe menée par les chercheurs Eloi Marijon et Nicole Karam avance plusieurs hypothèses. Tout d’abord, le statut Covid-19 des patients. Celui-ci a pu être confirmé et/ou suspecté chez 299 patients inclus dans l’étude. Et ses auteurs estiment qu’environ 33 % du surplus de décès observé est directement lié au Covid-19.

D’autres facteurs peuvent être mis en avant :

  • le suivi moins régulier de personnes cardiaques et/ou présentant des facteurs de risque pendant l’épidémie ;
  • la saturation de la médecine de ville et des services préhospitalier et hospitalier ;
  • les changements comportementaux de certaines personnes pendant le confinement bien ;
  • les effets délétères de certains médicaments utilisés par les patients pour traiter le Covid-19.

Par ailleurs, des études antérieures menées par la même équipe de recherche avaient démontré que les personnes subissant un arrêt cardiaque ont huit fois plus de chances de survivre lorsqu’un témoin est en mesure de pratiquer rapidement une réanimation cardio-respiratoire. Or, le confinement a eu pour effet que 90 % des arrêts cardiaques ont eu lieu à la maison, avec des témoins moins en mesure d’initier un massage cardiaque. Cela s’est traduit par un taux de survie plus faible des patients à l’arrivée à l’hôpital : seuls 12,8 % des patients identifiés étaient vivants à l’admission, contre 22,8 % à la même période les années précédentes.

Enfin, les auteurs notent que « des différences significatives existent dans la densité des hôpitaux et des unités mobiles de soins intensifs en région parisienne, la densité la plus élevée étant observée dans le centre de Paris ». Or, l’augmentation la plus élevée de l’incidence de l’OHCA a été observée dans les zones à faible densité d’établissements médicaux (voir carte plus haut). De ce point de vue là aussi, le confinement aura mis en lumière les inégalités au sein du Grand Paris.