COVID-19 : Géographie, pauvreté, densité, la triple peine du nord francilien

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DOCUMENT. L’Insee publie une note d’analyse questionnant la surmortalité en Île-de-France durant la période d’épidémie de Covid-19. « Du 2 mars au 10 mai 2020, 25 700 personnes résidant en Île-de-France sont décédées », écrivent ses auteurs. Cela représente 18 % des décès français. Avec 11 300 décès supplémentaires par rapport à la même période des cinq dernières années, la hausse de la mortalité francilienne s’est donc établie à +79 % (contre +22 % pour l’ensemble de la France). « L’Île-de-France est donc de loin la première région touchée à ce titre, devant Mayotte (+ 53 %) et le Grand Est (+ 48 %). »

Cette surmortalité s’applique à tous les départements franciliens, qui font tous partie des 15 départements français les plus touchés. La Seine–Saint-Denis, surtout, avec une augmentation des décès de +110 %. Le Val-d’Oise, aussi, avec +92 %.

Un lien entre géographie et épidémie

Si l’Île-de-France s’est vue épargnée par la maladie avant la période de confinement (entre le 2 et le 15 mars), sa situation sanitaire a changé du tout au tout ensuite : « Entre le 16 et le 29 mars, le surcroît de mortalité est soudain et intense (+ 83 %), rejoignant les niveaux de la région Grand Est (+ 86 %) », note l’Insee. Et c’est par le nord que la maladie est entrée. Le Val-d’Oise a ainsi subi sa proximité avec l’Oise, premier foyer infectieux, tandis que la Seine–Saint-Denis a payé sa proximité avec Roissy, principale porte d’entrée aéroportuaire de la région. Ainsi, entre le 16 et le 29 mars, « la mortalité fait plus que doubler dans la communauté d’agglomération Roissy Pays de France, les EPT Plaine Commune, Est Ensemble et Paris Terres d’Envol. » Dans les jours qui suivent, elle quadruple presque en Seine–Saint-Denis. Et, alors que l’on constate une orientation à la baisse en Île-de-France dans la deuxième quinzaine d’avril, la Seine–Saint-Denis et le Val-d’Oise présentent toujours un excédent de décès supérieur à 100 %. 

Un lien entre pauvreté et épidémie

« Les caractéristiques sociales de la Seine–Saint-Denis peuvent expliquer en partie sa singularité », explique l’Insee. Elle possède une forte population d’ouvriers et d’employés dont les emplois ne sont pas forcément compatibles avec le télétravail, ce qui a aussi pu intensifier les proximités entre les personnes, notamment dans les transports en commun ou sur les lieux de travail. C’est aussi en Seine–Saint-Denis que réside le plus grand nombre de travailleurs officiant dans des secteurs d’activité très exposés au virus : 16,2 % des agents hospitaliers de la région, 18,7 % des caissiers et des vendeurs, 21,6 % des livreurs et 15,4 % des aides-soignants.

La Seine–Saint-Denis est aussi le département le plus pauvre de France (un taux de pauvreté de 27,9 % contre 14,7 % à l’échelle nationale), ce que l’on peut associer à un moins bon état de santé avec le risque accru de développer des complications au virus de Covid-19. Par ailleurs, le 93 s’est aussi trouvé plus exposé à la maladie par un manque cruel de professionnels de santé. Selon l’Agence régionale de santé, 37 communes sur 40 y manquaient de médecins en 2018.

« De manière générale, écrit l’Insee, les territoires franciliens ayant connu de très fortes hausses de mortalité présentent souvent un fort taux de pauvreté. Cela est le cas notamment dans le nord de l’Île-de-France, où l’excédent de mortalité dépasse les 100 % par rapport à la moyenne de la période de référence. Il s’agit des six territoires suivants : les établissements publics territoriaux (EPT) Plaine Commune, Est Ensemble et Paris Terres d’Envol situés en Seine–Saint-Denis, mais aussi le 19e arrondissement de Paris, l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) (Définitions) Roissy Pays de France, à cheval entre le Val-d’Oise et la Seine-et-Marne, et l’EPT Boucle Nord de Seine, situé à la fois dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-d’Oise. »

Un lien entre densité et épidémie

« Plus le nombre de personnes est important dans un territoire restreint, plus le risque de contacts est grand », écrit l’Insee dans une autre étude datant du 11 mai 2020. C’est une lapalissade, mais à l’heure où les projets urbains tendent à construire la ville sur la ville, il apparaît que cette densification pose dorénavant un problème qui n’avait pas été soulevé.

Et l’Insee de préciser : « Les communes françaises les plus denses ont ainsi enregistré un surcroît de mortalité de +49 % entre le 2 mars et le 19 avril. Sur cette période, Saint-Denis (111 000 habitants), avec une densité de 8 991 habitants au km2, aura connu la plus forte hausse de mortalité pour une commune française : +172 %. Les hausses sont aussi très importantes pour Argenteuil (+109 %), Paris (+98 %) et Montreuil (+90 %). » L’ensemble du département de Seine–Saint-Denis est aussi très dense : 6 802 habitants au km2. En comparaison, la Seine-et-Marne et les Yvelines, départements franciliens les moins touchés par l’épidémie, présentent des densités de population de 236 et 627 habitants au km2.

L’Insee note même un paradoxe : alors que la population est en moyenne plus âgée (et donc plus fragile face au Covid-19) dans les territoires moins denses, l’excédent de mortalité y est plus faible. Autre paradoxe pour la Seine–Saint-Denis : une surmortalité élevée alors que le département est le plus jeune de France (36 % de ses habitants ont moins de 25 ans). Sa structure par âge des décès est même atypique, souligne l’Insee : « Ainsi, les 85 ans ou plus y représentent à peine 39 % des décédés entre le 2 mars et le 10 mai 2020, contre un peu plus de 48 % en France et de 44 % à 53 % dans les autres départements franciliens. »

Autre facteur aggravant pour l’Île-de-France : la suroccupation des logements, qui a pu favoriser la circulation du virus. Elle est particulièrement forte au sein de la Métropole du Grand Paris, l’APUR, dans une étude d’avril 2020, ayant estimé à 1,8 million le nombre de personnes vivant « trop à l’étroit dans leur logement ». Là encore, c’est au nord et à l’est de la région francilienne que cette forme de mal-logement est la plus critique. L’APUR a comparé les établissements publics territoriaux (EPT) et observé que Plaine Commune, entièrement situé en Seine–Saint-Denis, possédait un taux de suroccupation de 51 % ! Deux fois plus que la moyenne francilienne.

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