COVID-19 : le déconfinement à haut risque de la RATP

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Crédit : Gabriel Kerbaol
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Ce 6 mai, Catherine Guillouard, PDG de la RATP, a détaillé à la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat les mesures mises en œuvre par le principal opérateur de transports publics d’Île-de-France pour faire face au déconfinement progressif prévu à partir du 11 mai.

  • Télétravail
  • Mécanisme de certificats
  • 75 % d’offre de transport

La RATP se retrouve dans une situation paradoxale, presque ubuesque : comment concilier sa vocation de transporter le maximum de voyageurs dans un contexte qui lui réclame d’en transporter moins ? La crainte d’un retour massif d’usagers est réelle avec pour effet une promiscuité qui augmenterait le risque de contagion épidémique. Pour y faire face, elle veut agir sur la demande de transport en demandant aux entreprises de continuer à privilégier le télétravail qui doit, selon Catherine Guillouard, demeurer « au même niveau que pendant la période de confinement ». Elle réclame également un étalement des heures de pointe et compte sur la mise en place d’un « mécanisme de certificat accordé par l’employeur permettant de vérifier les tranches horaires de déplacement ». Enfin, la RATP augmentera nettement sa capacité d’offre par rapport à la période de confinement stricte en la portant de 30 à 75 % en moyenne sur le métro (85 % sur la ligne 13 et 100 % sur les lignes 1 et 14, automatisées), 75 % sur les RER A et D, 75 % sur le réseau de bus et entre 75 et 80 % sur les lignes de tramway.

  • Nettoyage quotidien
  • Procédé de nébulisation

« Notre politique de propreté n’est plus simplement un volet de notre expérience client, mais se place dorénavant au cœur de notre stratégie », dit Catherine Guillouard. Les mesures de nettoyage des stations et des matériels roulants qui ont déjà fortement augmenté depuis le début de l’épidémie vont être encore renforcées. 1 300 personnes travaillaient à ce nettoyage avant la crise, elles sont aujourd’hui 1700. Catherine Guillouard explique ainsi que « le budget propreté de la RATP qui était de 90 millions d’euros en 2019 devrait s’élever à 160 millions en 2020. » Le nettoyage quotidien des bus va bénéficier d’un nouveau procédé de nébulisation inspiré des pratiques aéronautiques. Testé sur 420 bus depuis le 27 avril, il devrait être déployé sur les 4 200 bus du réseau RATP dès le 11 mai. Une expérimentation est aussi en cours pour le réseau ferré sur les lignes 1 et 13 du métro.

  • Masques
  • Gel hydroalcoolique
  • Un siège sur deux

Avec un budget de 55 millions d’euros dédié, la RATP s’est aussi dotée de produits sanitaires pour ses employés et les usagers, autrement dit : masques et gel hydroalcoolique. En ce qui concerne les masques (chirurgicaux ou en tissu), l’opérateur doit en mettre à disposition des voyageurs uniquement dans les premiers jours, mais réclame leur obligation de port qui fera l’objet de contrôle par ses agents ainsi que par le Groupe de protection et de sécurité des réseaux (GPSR). Des distributeurs de gel hydroalcoolique vont aussi être placés dans les stations et les gares, avec un premier déploiement d’une cinquantaine de bornes ; une offre qui sera soutenue par la distribution mobile de gel par les agents aux heures de pointe dans les stations les plus fréquentées ainsi que par une mise à disposition via les commerces du réseau. Par ailleurs, l’opérateur est en train de poser un million d’autocollants signalétiques sur son réseau pour favoriser la distanciation physique : sur les quais comme dans les véhicules, un siège sur deux devra être laissé libre.

  • Canalisation des flux
  • Renforts policiers

La grande inconnue qui demeure pour la RATP est le nombre d’usagers qui vont retrouver le chemin des transports publics. Pouvoir canaliser les flux entrants dans les stations est sa hantise. Si la patronne de la RATP a déjà admis que la distanciation serait quasiment infaisable, elle doit néanmoins tenter de rendre son réseau conforme aux directives gouvernementales sur la question. Elle attend donc de l’État un renfort à ses 3 000 agents dédiés au respect de la distanciation pour « assurer le filtrage des usagers aux entrées de station. Autrement dit du personnel des forces de l’ordre. « Il nous faut entre 1 500 et 5 000 personnels extérieurs à la RATP pour faire respecter la distanciation », explique-t-elle. En prenant soin de préciser que le seul réseau ferré, l’un des plus denses d’Europe, comporte à lui seul 93 gares routières, 368 stations de métro et de RER et 184 stations de tramway. En ce qui concerne les 12 300 arrêts de bus, ce réseau routier est lui impossible à couvrir. Et il faudra faire appel au civisme de ses usagers.

  • Mobilités alternatives

Enfin, reste la question du report modal et l’évitement du recours à la voiture. Le déconfinement à l’œuvre dans plusieurs pays asiatiques a révélé un report massif. Durant la longue grève des transports de l’hiver dernier, la RATP avait déjà expérimenté un partenariat avec des opérateurs de mobilités alternatives qui lui avait permis de transporter 500 000 voyageurs par jour. Catherine Guillouard compte mettre en place un nouveau partenariat qui a déjà fait l’objet d’un appel d’offres. « On pense qu’on aura une quinzaine d’acteurs pour proposer VTC, trottinettes, scooters, location de vélos, vélos en free floating et réparation de vélos », conclut-elle.