L’Île-de-France pré-COVID était en pleine embellie

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Chantier du Grand Paris Express à proximité du Stade de Francel. La Seine-Saint-Denis est le véritable moteur économique de l'Île-de-France. Crédit : Société du Grand Paris / Gérard Rollando
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DOCUMENT. Avant la crise sanitaire, la plupart des indicateurs économiques de l’Île-de-France étaient au vert. C’est ce que révèle le dernier bilan régional annuel de l’Insee.

La Seine-Saint-Denis, moteur de l’emploi

A la fin de l’année 2019, l’Île-de-France comptait près de 6 millions d’emplois salariés, privés ou publics. Avec une progression de +1,6 % sur un an, il s’agit de la plus forte hausse depuis 2010. La plupart des secteurs économiques sont concernés. Principalement celui de la construction qui « affiche la plus forte évolution de l’emploi salarié (+6,5 %) en lien avec le volume de chantiers démarrés ces dernières années, tant pour les logements que pour les locaux d’activités », nous dit l’Insee. Forte hausse aussi pour l’industrie agroalimentaire : +4,5 %, bien supérieure à celle observée au niveau national.
En parallèle, le taux de chômage a reculé de -0,5 %, enregistrant, avec 7,1 %, son plus faible taux depuis 2009
Le chiffre-clé
+3,1 %
Deux fois supérieure à celle de Paris, trois fois supérieure à celle des Hauts-de-Seine, la hausse de l’emploi en Seine-Saint-Denis est la plus forte de la région sur un an. Soit : +19 000 emplois, répartis sur tous les secteurs d’activité hormis l’agriculture. Le département le plus pauvre de France est donc celui qui tire la dynamique économique francilienne et qui enregistre aussi la plus forte baisse de chômage sur un an : -0,9 %

L’industrie se revigore

Plus de créations d’entreprises, moins de défaillances.
244 000 entreprises créées en 2019, c’est 32 000 de plus qu’en 2018. Avec deux bémols : le taux de progression de +15,1 % est moindre qu’en 2018 (+18,8 %) et, pour la première fois depuis dix ans, la croissance est moindre qu’au niveau national (+17,9 %).
Les défaillances, quant à elles, ont concerné 11 400 entreprises, soit une baisse de -5,1 % en un an.
Le chiffre-clé
+32,2 %
Le secteur industriel a connu une forte hausse de création d’entreprises en 2019 et une forte baisse des défaillances (-12,5 %). Même s’il convient d’ajouter que l’industrie« ne représente toujours qu’une faible part des créations d’entreprises : 2,6 % contre 50,8 % pour le secteur des services aux entreprises ».

Les Hauts-de-Seine bâtissent

Le secteur de la construction est en pleine forme. Pour la cinquième année consécutive, l’objectif de production de la loi Grand Paris de 2010, fixé à 70 000 logements, est dépassé avec un volume d’autorisations de 82 000 logements. Certes, il s’agit d’un fléchissement (-10,4 % par rapport à 2018), mais le nombre de logements mis en chantier (80 900) reste aussi élevé. Et les ventes de logements neufs atteignent un niveau record : plus de 40 000 ventes, une hausse de +3,3 %, et 31,1 % des transactions enregistrées en France métropolitaine.
Le chiffre-clé
+41,4 %
Les Hauts-de-Seine profitent à plein de l’avancement des travaux de la ligne 15 sud du Grand Paris Express, enregistrant cette très forte hausse de mises en chantiers de logements. Celle-ci illustre aussi d’incroyables disparités territoriales en la matière puisque les mises en chantier ont baissé de -26 % en Seine-et-Marne. Cette même Seine-et-Marne qui connaît une hausse sans précédent du volume de construction autorisé (+18,4) alors que, dans le même temps, l’Essonne subit une forte baisse (-33,2 %).

Fréquentation historique au musée d’Orsay

Question tourisme, malgré un léger tassement par rapport à 2018 (-0,1 % pour les arrivées et -0,7 % pour les nuitées), 2019 figure parmi les années exceptionnelles (en termes de fréquentation hôtelière) », écrit l’Insee. Il semble que rien n’ait pu s’opposer à l’attractivité touristique de la métropole parisienne : ni le mouvement des gilets jaunes du début d’année, ni l’incendie de Notre-Dame, ni les pics de pollution (17 jours d’épisodes, selon Airparif), ni la canicule estivale, ni la grande grève de fin d’année. Les chiffres sont là : 35,4 millions d’arrivées et 70,7 millions de nuitées dans les hôtels franciliens.
Le chiffre-clé
3,7 millions
En 2019, le musée d’Orsay enregistre une fréquentation historique, en hausse de +11,1 % par rapport à 2018. Elle dépasse dorénavant la fréquentation du Centre Pompidou (3,3 millions de visiteurs), qui avait pris l’habitude de se placer juste devant. Sans doute faut-il voir là les effets de l’incendie de Notre-Dame, dont les 12 millions de visiteurs annuels ont dû se reporter sur d’autres monuments et musées.

Les Séquano-Dinoysiens achètent beaucoup de VUL

Dans les transports, l’année 2019 aura surtout été marquée par la grève de décembre, qui a fortement impacté le réseau RATP. Le métro, en particulier, enregistre une baisse de 4 %, soit moins de 1,5 milliard de voyages, au plus bas depuis 2013. Le RER et le tramway résistent et le trafic SNCF recule lui aussi. Le trafic aérien progresse de +2,5 %, ainsi que le nombre d’immatriculations de véhicules : +4,7 %.
Le chiffre-clé
+41 %
On peut lire le dynamisme économique de la Seine-Saint-Denis à travers l’incroyable progression du nombre d’immatriculations de véhicules utilitaires légers (VUL). Avec 16 022 immatriculations, on assiste quasiment à un doublement du nombre de VUL dans ce département. Excepté dans le Val-d’Oise et la Seine-et-Marne, les VUL sont d’ailleurs en forte progression partout.

2019, année de référence pour 2020

La crise sanitaire due à l’épidémie de coronavirus aura donc porté un terrible coup d’arrêt à la dynamique de l’économie francilienne. « L’activité aurait été réduite d’un tiers pendant les deux mois de confinement », explique l’Insee.

Qui plus est, la structure économique particulière de l’Île-de-France risque fort de montrer ses faiblesses : « Les services marchands, en particulier les transports et le commerce, secteurs très présents en Île-de-France, ont particulièrement été impactés. Ainsi, ils contribueraient pour près d’un quart à la baisse de l’activité générale, 5 points de plus qu’en province. » A l’inverse, la moindre présence de secteurs économiques « ayant mieux résisté à la crise comme l’agriculture, les industries agroalimentaires et les services non marchands » risque de désavantager la région.

On y ajoutera la chute vertigineuse du nombre de touristes étrangers (50 % de la clientèle hôtelière), une plus « forte prégnance de la pauvreté (15,6 % de personnes pauvres en Île-de-France contre 14,0 % en France) » et l’arrêt forcé de la construction.

Bref, 2020 sera « annus horribilis ». « Dans ce contexte, 2019 restera, pour des années sans doute, comme le point de référence à l’aune duquel les dynamiques de reprise d’activité, de retour à l’emploi et de baisse du chômage seront évaluées », conclut l’Insee.

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