Paris-Berlin : gigantisme VS dynamisme

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Plaque de rue indiquant le nom de la place de Paris à Berlin
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Comparant économiquement les régions de Berlin et de Paris, une étude du CROCIS dévoile une capitale allemande pleine de vitalité face à la colossale Île-de-France.

DOCUMENT. Le CROCIS, observatoire économique de la CCI Paris Ile-de-France, poursuit ses analyses comparatives entre Paris–Île-de-France et les autres grandes régions métropolitaines d’Europe. Après Londres, la Catalogne, Francfort et la Lombardie, voici le Land de Berlin, ville-État. La comparaison vaut d’abord par le poids politique des deux villes. Paris concentre tous les pouvoirs et les administrations. Berlin est redevenue la capitale fédérale de l’Allemagne depuis la réunification de 1990 et le gouvernement allemand s’y est réinstallé en 1999. 

La puissance parisienne

Côté PIB, avec ses 733,9 milliards d’euros en 2018, Paris–Île-de-France se rapproche plus des mégalopoles mondiales que sont Londres, New York, Tokyo ou Shanghai. La région capitale est d’ailleurs la plus puissante région européenne. Ici, Berlin souffre de la comparaison : 145,7 milliards d’euros, c’est cinq fois moins. Son Land ne se situe même qu’à la 7e place en Allemagne, loin derrière la Rhénanie-du-Nord–Westphalie (697,1 milliards d’euros). Il faut dire que le Land de Berlin est bien moins grand que la région francilienne — 891,8 km2 contre 12 012 km2 — et surtout moins peuplé : 3,6 millions d’habitants contre 12,2 millions.

Le gigantisme parisien se traduit aussi en matière d’investissements internationaux. L’édition 2018 du « Global cities investment monitor » de Paris Ile-de-France Capitale économique et de KPMG y faisait état de 338 projets d’investissements. Berlin en comptait 58. Sur ce plan-là, les deux villes ne jouent pas dans la même cour. Les auteurs de l’étude du CROCIS notent d’ailleurs : « Au plan continental, la capitale allemande est également devancée par Barcelone, Dublin, Amsterdam (plus de 100 projets pour chacune des métropoles) ou encore Madrid, mais aussi, en Allemagne, par Francfort, Munich et Düsseldorf (respectivement 94, 91 et 74 projets). »

Enfin, côté tourisme, la métropole parisienne semble aussi inatteignable. Malgré sa forte concentration de musées, sa capacité à attirer les artistes depuis plusieurs années, ses nombreux atouts qui en font une destination privilégiée en Allemagne, Berlin est loin des standards franciliens. Très loin même : 11,8 millions d’arrivées dans ses établissements hôteliers pour un nombre total de 27,7 millions de nuitées VS 35 millions d’arrivées et 71,8 millions de nuitées pour l’Île-de-France.

Le dynamisme berlinois

Ces différences très prononcées entre Paris et Berlin relèvent d’autres divergences. Le système politique tout d’abord : centralisme français d’un côté, fédéralisme allemand de l’autre. L’histoire aussi qui a vu Berlin coupée en deux dès 1949, puis séparée par un mur à partir de 1961, et enfin devant faire face à une complexe réunification en 1990. Des soubresauts historiques qui se sont soldés par des délocalisations massives des unités de montage. Ainsi, alors que l’industrie manufacturière représente plus de 20 % de l’emploi en Allemagne, elle ne pèse que 8,5 % à Berlin. Avec 7,2 % d’emplois industriels, la situation francilienne est plus proche de la réalité nationale (13,6 %) et relève plus d’une désindustrialisation de grande ampleur en France face aux spécificités berlinoises.

D’ailleurs, les experts du CROCIS ne manquent pas de souligner que si l’emploi industriel poursuit sa décrue en Île-de-France, il tend à se stabiliser à Berlin. Car la capitale allemande a très tôt fait le choix des secteurs de pointe. Microélectronique, informatique, biotechnologies, mécanique de précision ou pharmacie sont ainsi devenues les principaux employeurs industriels. Une politique industrielle qui paye puisque le constructeur Tesla a annoncé, fin 2019, l’implantation de son usine européenne de voitures électriques, qui pourrait générer la création de 10 000 emplois.

Future usine Tesla à Berlin

Si l’emploi tertiaire y connaît la même dynamique qu’en Île-de-France avec, quasiment, les mêmes secteurs porteurs — commerce, communication, administration publique, restauration et hébergement —, Berlin sait surtout attirer une large part des start-ups allemandes. De ce point de vue, son économie de la création n’a rien à envier à Paris ou à Londres. C’est même sur ce tissu de PME et d’ETI innovantes, plutôt que sur de grands groupes, que se bâtit sa dynamique. Résultat, le PIB berlinois connaît l’une des plus fortes dynamiques de l’Allemagne : + 71 % entre 2000 et 2018.

Côté emploi aussi, la capitale allemande est sur la pente ascendante. Il faut dire qu’elle revient de loin. Son taux de chômage atteignait 19,4 % en 2005 contre 8,6 % pour l’Île-de-France. La courbe n’a ensuite fait que baisser, y compris durant les deux graves crises économiques qui ont secoué l’Europe : la crise financière de 2008 et la crise de la dette dans la zone euro de 2011. Sur ce point, l’économie francilienne a beaucoup moins bien réagi. Ainsi, depuis 2015, le taux de chômage à Berlin est plus faible qu’en Île-de-France. En 2018, il s’établit à 5,4 % contre 8,1 % dans la région capitale.

Le CROCIS remarque aussi :

« Tous secteurs confondus, même si l’essor de mini-jobs peu qualifiés et souvent précaires ne doit pas être occulté, les créations d’emplois ont en tout état de cause été beaucoup plus dynamiques ces dernières années dans le Land de Berlin qu’en Ile-de-France : l’emploi total a en effet augmenté de 22,0 % entre 2008 et 2019 dans la capitale allemande alors que la hausse était cantonnée à 2,1 % dans la région française. »

Dynamisme aussi du côté du tourisme d’affaires. Certes, Paris demeure un leader mondial avec 237 congrès internationaux en 2019. Mais Berlin rattrape son retard. Avec 176 congrès en 2019, la ville allemande est devenue le troisième rendez-vous planétaire.

La conjoncture liée à la crise sanitaire devrait profiter au dynamisme berlinois plutôt qu’au gigantisme parisien. D’une part parce que la situation économique en Allemagne est plus favorable qu’en France, avec un PIB national qui s’est contracté de 2,2 % au premier trimestre contre 5,3 % en France. D’autre part parce que le Land de Berlin « est resté un foyer secondaire de Covid-19 alors que l’Ile-de-France a, au contraire, été parmi les régions françaises les plus affectées » et que les conditions de confinement y ont été moins strictes.

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