Paris, l’appel du vide

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Vider Paris, photographie de Nicolas Moulin, qui présente un paris vidé d ses habitants
Vider Paris-Crédit Nicolas Moulin
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Une étude menée par le site pap.fr dévoile une baisse historique des intentions d’achat dans la capitale qui vient confirmer les tendances du printemps. En sens inverse, les territoires les plus ruraux deviennent source d’attractivité.

La Ville Lumière s’éteint. La tendance constatée à la sortie du confinement au printemps se confirme. Les particuliers ne veulent plus acheter dans la capitale. Dans son dernier baromètre qui examine les recherches d’achat immobilier des particuliers, le site spécialisé pap.fr constate une baisse historique dans la capitale.

Certes, il ne s’agit pas d’un sondage mené avec toute la méthodologie d’usage, mais d’une étude menée sur l’audience de près de 4 millions d’utilisateurs qui révèle un désaveu des Français pour les grandes villes et une revanche des campagnes.

Voyons les chiffres de pap.fr. Entre le 1eret le 31 août 2020, l’Île-de-France a enregistré une hausse de recherche de biens à acheter de +60 % par rapport à l’an passé. La région resterait donc attractive. Certes, mais pas partout. C’est en grande couronne que ça se passe : + 83 % de recherches. Et plus précisément en Seine-et-Marne, son département le plus vaste et le plus rural : +118 % de recherches. Les trois départements de petite couronne enregistrent une hausse bien plus faible : +32 %. Et que dire de Paris ? Qui perd 5 % d’intention d’achat.

Recherches de biens sur Paris et petite couronne. Source : pap.fr
Recherches de biens sur la bande couronne et les départements limitrophes. Source : pap.fr

Quatre mois après le déconfinement et alors que l’on ne sait entrevoir la fin de l’épidémie de coronavirus, s’agit-il encore d’une tendance conjoncturelle ou d’un mouvement plus vaste ? Car si seulement les Franciliens optaient uniquement pour la grande couronne ! Mais non, ils rejoignent en masse les départements limitrophes. L’Eure connaît une progression de +102 %, l’Yonne, +88 %, l’Oise, +78 %. En Eure-et-Loir où le nombre de recherches a crû de +65 %, les agents immobiliers sont submergés par les demandes et les visites. Les maisons partent comme des petits pains, et même les locations se négocient dans la journée.

Tout se passe comme si l’Île-de-France s’agrandissait et prenait les contours du bassin parisien.

Une question se pose quand même : s’agit-il d’un exode urbain ou de Franciliens qui recherchent une résidence secondaire loin de la ville. Les analystes de pap.fr donnent la réponse : le taux de recherches de résidences secondaires est de 8,8 % en août 2020 contre 8,2 % en août 2019. Une progression à la marche qui leur fait dire : « Les acheteurs veulent bien s’installer ailleurs ! »

Tandis que sur gpmetropole-infos.fr, l’on tente de renseigner sur les moyens de se rafraîchir dans Paris durant un épisode caniculaire en pleine rentrée des classes, les Grands Parisiens cherchent une solution plus directe et surtout plus pérenne : sortir de la ville. Rejoindre des endroits où souffle un brin d’air, où l’espace ne se mesure pas à l’aune d’un square ou d’une cour d’immeuble, où l’on ne porte pas de masque dans la rue et où l’on peut télétravailler. Comme un concours de circonstances, la fibre optique poursuit d’ailleurs son déploiement à grande vitesse, notamment dans les zones proches des métropoles. Jouy, petite commune de 2 000 habitants en Eure-et-Loir, à 1 heure de Paris, a déjà connecté un quart de ses administrés. Fain-lès-Montbard (Côte-d’Or), 286 habitants, voit arriver la fibre depuis le mois d’août. Dans l’Oise, ce sont plus de 600 communes rurales qui y sont dorénavant reliées. 

Carte du déploiement de la fibre optique au 2e trimestre 2018 – ARCEP
Carte du déploiement de la fibre optique au 2e trimestre 2020 – ARCEP

D’un côté, Paris, trop chère, trop polluée, trop chaude, trop minérale, où même l’usage du vélo devient une source de conflit, qui désintéresse les acquéreurs. De l’autre, des communes rurales à qui s’offre l’opportunité historique de redevenir des territoires d’attractivité.