Pierre Mansat : « La métropole, c’est un destin commun »

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Portrait de Pierre Mansat dans son bureau de la mairie de Paris
Crédit : Philippe Serieys/gpmetropole
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INTERVIEW. Conseiller de Paris depuis 2001, en charge des relations avec les collectivités franciliennes sous la mandature de Bertrand Delanoë, puis nommé Inspecteur général de la Ville de Paris chargé d’une mission sur le Grand Paris sous celle d’Anne Hidalgo, Pierre Mansat quitte ses fonctions à la fin de l’année 2018. L’occasion de faire avec lui un bilan. Deuxième partie : le bilan (justement).

En une quinzaine d’années, le regard sur Paris et son agglomération a changé. Le fossé semble moins grand.

Avec, malgré tout, cette différence qui persiste : la ville de Paris a une gouvernance unifiée, une administration puissante qui lui est propre, des moyens énormes. Cela crée de fait une forme de déséquilibre. Quand on décide, par exemple, de créer une zone de faible émission à Paris, c’est plus facile que de s’adresser à 130 maires qui ont tous leur propre vision. En revanche, il y a effectivement une grande évolution : tout le monde pense qu’on a un destin commun et que la richesse de Paris dépend bel et bien de son insertion dans un système métropolitain.

Quel bilan faites-vous de votre action au sein du Grand Paris ?

Ce n’est pas à moi de le dire. J’ai essayé de contribuer à faire émerger une prise de conscience métropolitaine. La mission que j’ai entamée à la mairie devrait perdurer, sans doute d’une façon différente, avec Jean-Louis Missika, pour le côté très concret des choses, les projets, et Emmanuel Grégoire dont les nouvelles responsabilités l’amènent à observer attentivement le rapport entre Paris et ses voisins.

En 2001, avec Bertrand Delanoë, nous avons réussi à impulser un retournement de situation dans le rapport Paris/Banlieues. À l’époque, personne n’utilisait le mot « métropole ». Jusqu’en 2007, pas un élu ne savait de quoi il s’agissait, les concepts étaient obsolètes : Paris et sa banlieue, Paris et ses banlieues… En 2001, il n’y avait rien. Le morcellement de la métropole était extrême. Hormis Plaine commune qui construisait son intercommunalité, chacun vivait sa vie. Delanoë était partisan d’une communauté urbaine, il l’avait écrit dans son livre Pour l’honneur de Parisen 1999, mais en voyant l’état des relations entre Paris et les autres collectivités locales, les villes mais aussi la région, on s’est dit qu’il était hors de question d’entreprendre quoi que ce soit en commençant par l’aspect institutionnel. Personne n’en aurait voulu.

Au départ, cette communauté urbaine concernait Paris et 29 villes autour.

Non, pas du tout. C’est ce que dit Patrick Braouezec. Il a même dit avoir vu des cartes. Il n’y a jamais rien eu de tel. En 2001, Delanoë m’a dit : tu commences par établir un dialogue politique avec tout le monde, tu essaies de faire en sorte qu’il y ait des projets qui se concrétisent et quand le moment sera venu, on posera la question de la gouvernance. Et on a considéré que le moment était venu autour de 2004-2005 quand on a créé la conférence métropolitaine.

Quelle date retenez-vous dans la lente construction métropolitaine ?

Il y en a plusieurs. 2001 : l’arrivée de Bertrand Delanoë et sa volonté de transformer la gouvernance métropolitaine. 2009-2010 : la consultation internationale des architectes et la loi créant la Société du Grand Paris pour construire le Grand Paris Express ; le rôle de Christian Blanc, au gouvernement, a été déterminant, même si on n’est pas obligé de partager sa vision économique très polarisée sur les clusters, ainsi que celui de Maurice Leroy, qui a su concilier les points de vue. 2012 : l’échec du syndicat Paris Métropole à présenter ses solutions de gouvernance ; l’incapacité des élus à adopter une position commune a été préjudiciable, la face des choses aurait pu en être changée. 2016 : la mise en place de la métropole.

Vous avez été aussi un lien important entre les élus et les chercheurs.

Dès le début j’ai créé ce qu’on a appelé un comité expert. Nous avons noué des liens très forts avec des urbanistes, des géographes, des architectes, des historiens, des chercheurs en sociologie, en économie. En 2001, il n’existait aucun lien entre l’administration de la ville et le monde de la recherche. On a beaucoup travaillé dans ce sens, ce qui a donné lieu dès 2003 à un séminaire d’histoire à la Sorbonne sur les rapports Paris-banlieue. À l’époque, j’avais aussi une petite stratégie personnelle qui était de me placer dans des lieux métropolitains : au SIAAP, le syndicat d’assainissement, à l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), à Seine Grands Lacs, au STIF, des lieux qui permettent d’avoir une vision globale de la métropole et de ses différents systèmes.

Vous avez été aussi président d’un autre lieu métropolitain, l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) qui a fermé l’an passé. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Ce qui n’a pas marché, ç’a été surtout l’absence de commande et d’écoute politique. Les équipes ont beaucoup travaillé, que ce soit dans la première ou dans la seconde phase. Ils ont produit des choses assez trapues, peut-être trop pour être popularisées. Le ministère de la Culture comme le ministère chargé du Grand Paris s’en sont complètement désintéressés et, de notre côté, nous avons raté le lien avec les élus. Mon tort a sans doute été de ne pas proposer qu’on arrête plus tôt ; on a un peu tiré sur la corde.

Comment comptez-vous intervenir dans le débat public désormais ?

Je suis en train d’écrire un livre pour essayer de raconter comment s’est construite la prise de conscience métropolitaine dans le Grand Paris, les efforts consentis pour la faire émerger. Je vais prendre des responsabilités dans un petit laboratoire d’idée qui s’appelle La ville en communet qui élabore notamment un séminaire autour de la question de la dignité comme fondement des politiques publiques. Je vais certainement organiser une rencontre nationale des villes moyennes en crise à Montluçon dont je suis originaire. Montluçon est une ville qui connaît de grandes difficultés, qui est passée en 40 ans de 57 000 à 37 000 habitants. Un exemple : 10% des gens n’ont pas de médecin référent. Dans un rapport, le CGET a bien montré cette crise qui touche entre 60 et 70 villes moyennes en France. Elles souffrent de l’abandon des services publics, de la suppression des lignes de chemin de fer, de la fermeture des commerces en centre-ville, de celle des maternités de proximité ou des tribunaux. Et puis je travaille avec Ingrid Nappi-Choulet, qui est titulaire de la chaire Immobilier d’entreprise à l’ESSEC. Nous allons créer le grand prix ESSEC de la ville solidaire et de l’immobilier responsable en 2019.

Avec vous, c’est aussi une génération de pionniers du Grand Paris qui s’en va peu à peu. Comment se passe la transition ?

C’est une difficulté. Il y a une quinzaine d’élus qui ont entamé ce travail en 2001 et qui ne sont plus maires ou ne le seront plus après 2020. Il y a une nouvelle génération qui ne s’est pas appropriée la construction métropolitaine, qui ignore tout de ce qui s’est passé, du rôle des acteurs, de la nature des débats. Le forum métropolitain, qui a remplacé Paris Métropole, reste un lieu très intéressant, mais qui a perdu en vigueur, notamment à cause de la situation des maires, submergés par les demandes des habitants et par la complexification de la gestion communale. La Métropole du Grand Paris et les conseils de territoire ont multiplié les lieux où la présence est nécessaire. Il y a clairement un risque de recul de la pensée métropolitaine.

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