Réélu à la tête de la Métropole du Grand Paris : le tôlier c’est Ollier

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Crédit : Philippe Serieys
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Les scénaristes de la série Baron noir auraient pu l’écrire. La Métropole du Grand Paris, organe politique consensuel, a finalement fait couler le sang en cette matinée du 9 juillet. Par un habile coup politique et à travers plusieurs rebondissements, Patrick Ollier garde son fauteuil de président.

Épisode 1
L’homme de Pécresse
Vincent Jeanbrun, 36 ans, réélu maire LR de L’Haÿe-les-Roses (Val-de-Marne) dès le premier tour des Municipales en mars, nourrit l’ambition de devenir président de la Métropole du Grand Paris (MGP). Il est proche de Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, qui ne se gêne pas pour dire dès qu’elle le peut tout le mal qu’elle pense de la MGP. Jeanbrun veut-il dynamiter la jeune institution métropolitaine de l’intérieur ?
Au sein du Forum métropolitain du Grand Paris (ex-Paris Métropole), dont il est le président depuis décembre 2018, il sonde les élus. Il obtient des soutiens, dont celui de Jacques JP Martin, un pionnier de Paris Métropole.
Avant même la tenue du second tour des Municipales, il se lance, annonçant sa candidature contre Patrick Ollier (LR aussi), président sortant, qui attend peinard sa réélection à la tête de la mairie de Rueil-Malmaison. 

Épisode 2
La lettre
Le 28 juin, Patrick Ollier est réélu. Répondant aux attaques répétées du jeune loup, le gaulliste de 75 ans, envoie le 3 juillet une lettre à tous les conseillers métropolitains pour défendre son bilan. Avant même de la lire, l’adresse mail dont il se sert ne laisse déjà aucun doute : Ollier.MGP2020@gmail.com. Doit-on s’attendre à un combat le 9 juillet devant les 208 conseillers métropolitains présents, qui doivent ce jour-là élire leur nouveau président ?

Épisode 3
Primaire
La réponse est non. Au sein, des Républicains, on veut laver son linge sale en famille. Il y aura primaire. Elle se tient dans l’intimité le 7 juillet. Quatre-vingt-dix-neuf élus LR votent : un bulletin nul, 44 pour Patrick Ollier, 54 pour Vincent Jeanbrun. Le premier s’incline, le second s’apprête à être élu. Sans aucun doute. Le jour même, le journal Le Monde titre : « Le gaulliste Patrick Ollier perd la présidence de la Métropole du Grand Paris ».
Sûr ? Anne Hidalgo, 1ere vice-présidente de la MGP, maire de Paris, adversaire de Valérie Pécresse, et qui envoie pas moins de 60 conseillers métropolitains à la MGP va-t-elle laisser faire ?

Épisode 4
Manu et les historiques
9 juillet, 9 heures du matin. Le Conseil d’installation de la Métropole du Grand Paris siège exceptionnellement dans une grande salle du Palais des Congrès. Tous masqués. L’ordre du jour est long comme un jour sans pain, mais l’essentiel est : Jeanbrun, président. Avec 100 conseillers LR (sur 208), la chose ne doit pas lui échapper. Mais des tractations ont déjà eu lieu. Aux commandes : Emmanuel Grégoire, 1eradjoint d’Anne Hidalgo, en charge du Grand Paris. Aux commandes aussi : les historiques, ceux qui ont fondé Paris Métropole, qui ont porté la MGP sur les fonts baptismaux. Citons Patrick Ollier (sans doute), Daniel Guiraud (PS), Philippe Laurent (UDI) ou encore Patrice Leclerc (PC). Surprise (ou pas) : les trois derniers sont candidats à la présidence face à Vincent Jeanbrun. De quoi disséminer les votes du premier tour, non ?

Épisode 5
Serré
Effectivement, le premier tour accouche d’un résultat serré. Sur 207 votants et 194 suffrages exprimés :
Vincent Jeanbrun, 79 voix
Philippe Laurent, 73 voix
Patrice Leclerc, 26 voix
Daniel Guiraud, 16 voix
Patrick Ollier (pourtant pas candidat), 9 voix.
Le coup est parfait. On sait dorénavant que l’avance de Jeanbrun est très faible. On connaît les forces en présence. On sait que Guiraud et Leclerc vont, sans nul doute, se désister pour Laurent.
Philippe Laurent, président ?

Épisode 6
Arrangements
Emmanuel Grégoire demande une suspension de séance. Une heure plus tard, Vincent Jeanbrun revient en dénonçant les petits arrangements politiques et annonce maintenir sa candidature. Des arrangements ont bien eu lieu : Daniel Guiraud et Patrice Leclerc se désistent pour Philippe Laurent.
Un nouveau combat pour le deuxième tour ?

Épisode 7
« Magouilles »
Plutôt une nouvelle suspension de séance. Et revoilà Vincent Jeanbrun dénonçant « les magouilles », une « honte à la démocratie ». Le maire de L’Haÿe-les-Roses retire sa candidature, refuse de rester « une seconde de plus dans cette assemblée » et emmène avec lui une partie de ses soutiens. Sans candidat, le groupe LR restant rebondit et propose… Patrick Ollier. Qui accepte. Bing ! Philippe Laurent se retire. Bing ! Daniel Guiraud et Patrice Leclerc se prononcent pour Patrick Ollier. Et bing ! Voilà un nouveau scrutin avec… un seul candidat.

Épisode 8
Lassitude
Six heures plus tard, à 15 h 17, le président honoraire de la séance, André Santini annonce les résultats devant une salle clairsemée et fatiguée : 137 suffrages exprimés, 133 pour Ollier, 1 pour Laurent et 3 pour Jeanbrun.
Patrick Ollier reprend sa place, tranquille. Il se dit « ému », crie « Vive la Métropole » d’un ton un peu las, et ajourne la séance, remettant le reste de l’ordre du jour à plus tard.

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