Sur la Seine, le tourisme fluvial s’électrise

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Black Swan de Paris Yacht Marina
Le Black Swan de Paris Yacht Marina. Crédit : Paris Yacht Marina
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Les compagnies de croisière parisiennes sont à l’œuvre pour convertir leur flotte à moteurs thermiques vers le 100 % électrique. Les exemples sont encore peu nombreux, mais l’horizon se dessine avec les Jeux olympiques de 2024 comme accélérateur de la transition.

Une croisière silencieuse sur la Seine à bord d’un offshore ? C’est possible. La compagnie fluviale Paris Yacht Marina, spécialisée dans les croisières de luxe, propose depuis la fin septembre à des petits groupes de personnes d’embarquer sur le Black Swan, un bateau à moteur 100 % électrique.

À 9 km/h avec des batteries usagées

Si la navigation électrique n’en est pas à ses débuts, l’originalité de la flotte que souhaite développer Paris Yacht Marina consiste dans l’utilisation de batteries usagées provenant du groupe Renault. Reconditionnées, ces batteries possèdent encore une capacité de l’ordre de 70 à 80 % par rapport à leur état initial. Un peu faible pour une voiture, mais pas pour un bateau, moins lourd et naviguant à bien moindre vitesse. Le Black Swan ne dépasse pas les 15 km/h et se promène généralement à 9 km/h. Ce qui lui confère une autonomie de 3 heures sur l’eau. Le temps de faire une belle balade, sachant qu’une croisière dure en moyenne 1 h 30. À quai, le bateau retrouve sa pleine autonomie en moins de 4 heures. « Le lancement commercial du Black Swan concrétise l’évolution de notre entreprise en termes de transition énergétique en privilégiant la lutte contre le gaspillage ; nous souhaitons par cette action être inspirant pour les usagers du fleuve » explique Didier Spade, PDG de Seine Alliance, dont Paris Yacht Marina est la marque pour son activité parisienne.

Cocktails et gastronomie

D’autres sont déjà sur le pont pour électriser la Seine. Green River Cruise, autre croisiériste parisien dont les bateaux portent des noms de cocktail (DaïquiriMojitoCaïpirinha…) a mis à l’eau, début septembre, ses deux premiers navires électriques issus des ateliers de l’entreprise Sunwave, à Istres. D’une capacité de 12 passagers, ils ont une autonomie de 6 heures portée à 8 heures grâce à leur toit solaire. Le croisiériste né en 2012, dont le nom porte l’ambition mais qui avait dû se résoudre jusqu’à présent aux moteurs thermiques, fait le pari d’une flotte 100 % électrique d’ici les Jeux olympiques de 2024.
En 2018, le chef étoilé Alain Ducasse avait ouvert son « Ducasse sur Seine », un bateau-restaurant électrique de 31 mètres de long et de plus de 300 tonnes alimenté par 10 tonnes de batteries lithium-fer-phosphate autorisant deux heures de navigation. Un projet auquel s’était associée la Caisse des Dépôts étant donné l’investissement colossal de 11 millions d’euros.

Bateau-bus et Batobus

On se souvient aussi du Bubble Taxi, qui avait été testé sur la Seine en 2017 avec le soutien de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Mis en sommeil, le projet de l’architecte naval Alain Thébault et de sa société SeaBubbles est remis au goût du jour. Conçu sur le principe de l’hydroptère, le petit bateau à 5 places 100 % électrique qui « vole » sur l’eau doit commencer sa production en série en janvier 2021. Reste à savoir si la Ville de Paris lui achètera un véhicule qui coûte 250 000 euros pièce. Sur le même modèle, SeaBubbles envisage même de commercialiser un bateau-bus de 12 ou 32 places à l’horizon 2022.

De son côté, la compagnie Batobus, filiale de Sodexo Sports et Loisirs, a annoncé entreprendre la conversion d’une partie de sa flotte grâce à un partenariat avec Vinci Énergies. Pour un investissement de 4,2 millions d’euros, Batobus veut mettre à l’eau six bateaux équipés en technologie hybride (50 % électrique, 50 % thermique) d’ici 2024. Des bateaux capables de transporter 200 passagers sur la Seine sur une amplitude horaire de 15 heures par jour.

Le Bubble Taxi de SeaBubbles. Crédit : SeaBubbles.

Les JO comme catalyseurs

Avec 8 millions de passagers transportés chaque année, Paris est le premier port intérieur au monde pour le tourisme fluvial et la Seine la 4eattraction touristique de la capitale. Cinquante-huit compagnies et plus de 300 bateaux de tourisme y naviguent pour des rotations évaluées à 500 par jour. Depuis 2018, le Haropa-Ports de Paris, la DRIEA Île-de-France et la Communauté portuaire de Paris mènent une réflexion autour du passage à l’électrique des navires circulant sur le fleuve parisien. Les Jeux olympiques de 2024 leur servent de catalyseur et d’accélérateur de la transition énergétique du tourisme fluvial, avec l’espoir de pouvoir prendre exemple sur Amsterdam qui a déjà converti 75 % des bateaux de croisière. Reste à embarquer la plus importante des compagnies parisiennes, celle des Bateaux-Mouches et ses 15 navires qui transportent 2,5 millions de passagers par an. 

Paris Yacht Marina, lui, doit mettre à l’eau son deuxième offshore de croisière, le Rubis, au printemps 2021, planche sur l’électrification de son navire amiral, le Clipper Paris, un luxueux yacht de 54 mètres, et développe le projet YESS (pour Yacht Électrique Sur Seine), un bateau de 33 mètres pouvant accueillir jusqu’à 80 passagers.

Le projet de yacht électrique YESS. Crédit : Paris Yacht Marina.