7 données sur l’équation habitat/grand âge

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Habitat seniors
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LISTICLE. Le vieillissement de la population francilienne s’accélère, surtout en grande couronne. Avec lui s’accroît le risque de dépendance. Mais les EHPAD sont saturés et l’habitat n’est pas adapté au maintien à domicile. La preuve en chiffres.

Un vieillissement accéléré

1,2 million, c’est le nombre de Franciliens âgés de plus de 75 ans en 2030 (selon l’Insee). C’est 350 000 de plus qu’en 2020, soit une augmentation de +40 % ! C’est aussi 600 000 de plus qu’en 2001. Et là, la progression est stupéfiante : +100 % en trente ans. Si le vieillissement de la population française dans son ensemble est connu depuis de nombreuses années, c’est sa vitesse qui pose problème et ce qui en découle : l’adaptation de la société à cette « transition démographique », et notamment celle de l’habitat. Toutefois, le vieillissement n’est pas uniforme au sein de la région francilienne.

La situation territoriale, ce serait même :

Une métropole encerclée par les têtes grises

À l’horizon 2035, la part des plus de 65 ans grimpera de +10 points dans le périurbain(selon une étude de l’Institut Paris Région — IPR — de 2019), et donc en grande couronne. À elle seule, la Seine-et-Marne accueillera 142 000 seniors supplémentaires, la part des plus de 65 ans y passant de 12,4 % en 2013 à 21,2 % en 2035. Autre chiffre révélateur : plus de 8 communes périurbaines sur 10 vont vieillir plus vite que le reste de la région. Et l’IPR de mentionner le cas de la commune de Barbizon dont la population des plus de 85 ans va passer de 3,8 % en 2013 à 13,6 % en 2035. Au sein de la zone métropolitaine, le vieillissement sera, de manière générale, moins prononcé. La Seine-Saint-Denis demeurera ainsi un territoire particulièrement jeune au regard d’une région où l’on va vieillir aussi « de plus en plus vieux ».

Ce qui cause :

Une dépendance accrue

En 2015, on recensait 14 % de Franciliens de plus de 60 ans en perte d’autonomie (Insee, 2020). En 2030, ce taux baissera à 13,1 % selon l’INSEE. L’ennui, c’est que le nombre de plus de 60 ans va, lui, considérablement augmenter. Si bien que ce sont 421 400 personnes dépendantes que comptera la région, une hausse de 23 % en 15 ans. Qui plus est — on l’a vu précédemment —, le nombre de Franciliens de plus de 75 ans va lui aussi fortement s’accroître. Or, avec l’âge, la dépendance augmente et avec elles ses formes les plus sévères.

Celles-ci doivent souvent faire l’objet d’un placement dans une institution. Problème :

Les EHPAD sont surchargés

Leur taux d’occupation en Île-de-France s’élève à 97 % (toujours selon l’Insee). En 2015, l’Institut national de la statistique comptabilisait 1 180 établissements en Île-de-France offrant 93 500 places. Plus de la moitié des résidents en EHPAD sont sévèrement dépendants (GIR 1 et 2). Ces EHPAD sont essentiellement privés (la moitié à but lucratif et un tiers à but non lucratif), moins de 20 % d’entre eux sont publics. L’offre est non seulement inégalement répartie sur le territoire régional, mais elle est aussi très insuffisante : 19,6 places pour 100 personnes âgées dépendantes (contre 24,3 au niveau national). Ce qui explique que 21,5 % des personnes concernées quittent la région pour une institution en province (essentiellement les Hauts-de-France, la Nouvelle Aquitaine et la Normandie).

Ce qui explique aussi que :

8 personnes âgées dépendantes sur 10 vivent à leur domicile

Au sein du Grand Paris, ce sont même 93 % de personnes âgées de plus de 75 ans qui restent chez elles (APUR 2018). Un choix délibéré chez beaucoup de Français pour qui un départ en EHPAD représente souvent un traumatisme, mais un choix revendiqué aussi par les politiques publiques depuis les années 1990 et auquel le rapport Broussy sorti il y a un mois veut donner un nouveau coup de fouet en incitant à une vision holistique de la question. Pour cela, le rapport définit quatre conditions : un logement adapté, une ville bienveillante, une mobilité qui prend en compte les fragilités et une prise en compte du territoire dans lequel on vieillit.

Concernant la première condition, on est très loin du compte. Effectivement :

L’Île-de-France souffre d’un déficit de logements adaptés

7 % de seniors franciliens vivent dans un logement adapté au grand âge, selon une enquête de l’Observatoire régional de la santé (ORS) de 2016. C’est moins que dans les autres régions où la moyenne s’établit à 10,5 %. Or, « la probabilité de déclarer un bon état de santé peut être réduite jusqu’à 70 % pour les personnes âgées vivant dans un logement non adapté à leurs besoins », explique l’ORS. On pense notamment aux chutes. Le rapport Broussy évalue à 10 000 par an le nombre de décès en France consécutifs à une chute à domicile chez des personnes de plus de 65 ans. Et le chiffre n’a pas varié depuis 20 ans.

Qui dit adaptation du logement dit adaptation de l’habitat. Or :

L’ascenseur est un équipement faisant cruellement défaut

En Île-de-France, les personnes âgées de plus de 80 ans sont 63,3 % à vivre en appartement et un tiers d’entre elles ne bénéficient pas d’un ascenseur, selon l’ORS. Une proportion qui augmente nettement en grande couronne (Val-d’Oise : 50,2 % ; Essonne : 53,1 % et Seine-et-Marne : 53,6 %). Ce déficit accroit considérablement l’isolement des personnes âgées vivant seules. Ce sont essentiellement des femmes (64,7 % des Franciliennes de 80 ans ou plus vivent seules contre 26,6 % des hommes du même âge). Et l’ORS de préciser que la « la probabilité de déclarer un bon état de santé est réduite de 40 % pour les personnes âgées ne pouvant pas sortir aussi souvent que souhaité ».