EHPAD : l’ARS Île-de-France inspecte et ferme

Print Friendly, PDF & Email

Mis à jour le mardi 28 juin 2022 by Olivier Delahaye

L’Agence régionale de santé mène une campagne active d’inspection des EHPAD franciliens, notamment ceux mis en cause par le récent ouvrage du journaliste Victor Castanet. L’un, à Livry-Gargan, a été temporairement fermé ; un autre, à Neuilly-sur-Seine, fait l’objet d’un rapport accablant.

La parole se libère. Depuis la publication du livre de Victor Castanet, Les Fossoyeurs, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France « a reçu près de trois fois plus de réclamations concernant la prise en charge des personnes âgées que sur la même période l’année dernière », selon un communiqué qu’elle publiait ce 29 mars 2022. Au total, 163 réclamations ont été enregistrées entre le 24 mars et le 26 mars, contre 63 en 2021.

Un EHPAD sur deux notifié

La parole se libère, les inspections se resserrent. Depuis la fin du mois de janvier, l’ARS a multiplié les contrôles auprès des EHPAD franciliens : 90 inspections pour l’instant. Quand l’Inspection Régionale Autonomie Santé (IRAS) de l’ARS inspectait, elle, en moyenne 22 EHPAD par an (24 en 2018, 16 en 2019, 26 en 2020, 24 en 2021). Ces 90 inspections représentent 13 % des EHPAD franciliens (707 au total) et concernent 53 % d’EHPAD privés lucratifs. Au final, la moitié des établissements contrôlés a « fait l’objet d’une proposition de décision pour améliorer la gouvernance administrative et médicale de l’EHPAD, 
44 d’une proposition de décision pour améliorer la prise en charge et 48 d’une proposition de décision relative aux fonctions support, RH notamment », note l’ARS.

La Roseraie et ses épines

La parole se libère, les inspections se resserrent, les conséquences peuvent être sévères. Géré par le groupe Médicharme (qui annonce être passé en cinq ans de 1 EHPAD à 27 résidences !), l’EHPAD La Roseraie de Livry-Gargan (93) a été placé sous administration provisoire pour six mois. L’ARS y a effectué une visite inopinée le 17 février 2022. Son constat est accablant : « La mission d’inspection a fait état d’une situation grave mettant en danger la santé, la sécurité, le bien-être physique et moral des résidents : des équipements et locaux vétustes et dangereux, un défaut d’encadrement des personnels et le recours à des personnels en nombre insuffisant et non qualifiés, et livrés à eux-mêmes, prenant en charge les résidents. Le suivi médical est très insuffisant, il n’y a pas de médecin coordinateur depuis 2018, ni d’infirmière coordonnatrice (postes pourtant financés), et la prise en charge pluridisciplinaire est absente. » A la suite de cette visite, deux résidents ont dû être hospitalisés et l’ensemble des pensionnaires ont été transférés dans d’autres EHPAD

Bords de Seine au bord de la crise de nerfs

Autre EHPAD dans le viseur de l’ARS : la résidence d’ORPEA Les Bords De Seine, située à Neuilly-sur-Seine (92) et déjà abondamment critiquée dans le livre de Victor Castanet. Un rapport d’inspection a été publié à la suite d’une visite de l’ARS les 27 et 28 janvier. L’agence y consigne 17 remarques et 14 écarts. Florilège :

« Le gestionnaire et la direction ne veillent pas suffisamment au bien-être et à la santé des résidents. »

« La non-sécurisation du chariot de distribution des médicaments ne garantit pas la sécurité des résidents lors de la distribution des médicaments. »

« L’EHPAD fait appel de façon chronique à un nombre important de personnel vacataire, ce qui traduit et entretient l’instabilité des équipes en place. »

« Le mode d’organisation actuel du travail des équipes soignantes est de nature à affecter la qualité et la sécurité de la prise en charge des résidents. »

L’ARS y est beaucoup plus sévère que lors de son précédent passage, en 2019, constatant par ailleurs que « sur les 6 prescriptions et 6 recommandations (formulées alors) trois mesures n’avaient pas été mises en œuvre ». Elle ne met pas en cause uniquement la direction de l’EHPAD, mais bien le groupe ORPEA lui-même quand elle écrit : « L’implication du médecin coordonnateur dans la prise en charge des résidents et dans la relation entretenue avec les familles est déterminante, cependant il n’est pas soutenu par les services métier du siège d’ORPEA dans la conduite du projet de soins de l’EHPAD. »

C’est quoi ces classements ?
Différents médias n’hésitent pas à proposer des classements de « maisons de retraite » ; classements parfois étranges. Ainsi, Les Échos publiait en octobre 2021 un palmarès réalisé par le portail de statistiques Statista mélangeant allègrement EHPAD, résidences services et résidences autonomie. Autre bizarrerie : l’évaluation. La méthodologie de Statista a consisté à recueillir les recommandations de 4 600 proches de résidents vivant dans ces maisons de retraite et de 900 professionnels de santé. Ces recommandations ont compté pour 70 % dans le score final tandis que les 30 % restants provenaient des informations factuelles fournies par les établissements eux-mêmes. Faire dépendre de 30 % la note finale à partir d’éléments rédigés par les établissements ne semble pas très sérieux.
C’est peut-être ce que fait aussi le site Maisons de retraite sélection (MDRS), qui établit chaque année son palmarès en ne lésinant pas sur les 10/10. Et donc 10/10 pour la résidence Les Bords de Seine pour laquelle on peut lire une note dithyrambique : « Pour cette majestueuse résidence, nous avons cherché lors de notre visite la personne habillée d’un gilet rouge, d’une veste noire à queue de pie, de gants blancs et coiffée d’un haut-de-forme, pour nous ouvrir la porte. Nous ne l’avons pas trouvé mais il aurait pu faire partie du décor, tant cet EHPAD s’apparente davantage à un hôtel quatre étoiles luxe qu’à une maison de retraite… » MDRS y a peut-être effectué une visite pour son classement, mais alors pourquoi le site note-t-il : « Côté soins, il dispose d’une salle d’ergothérapie avec piscine, d’un espace Snoezelen (multi sensoriel), d’un ergothérapeute, d’un psychologue et d’un psychomotricien à demeure. Alors que, dans son rapport, l’ARS écrit : « Certaines des prestations proposées par le groupe gestionnaire dans sa communication externe n’existent pas, comme par exemple la balnéothérapie ou bien la salle Snoezelen. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.