GeoBaPa cartographie les sols pour valoriser les terres du BTP

189
Chantier Grand Paris Express Villejuif
Chantier du Grand Paris Express à Villejuif. Crédit : Société du Grand Paris/Laurent Villeret
Print Friendly, PDF & Email

Face au défi que représentent les millions de tonnes de déblais soulevés par les chantiers franciliens, le projet GeoBaPa s’est donné comme tâche d’offrir un référentiel pour permettre plus facilement la réutilisation des terres excavées. Après quatre ans de travail, l’étude révèle que 50 % d’entre elles le permettent.

Les chiffres sont assez astronomiques. Selon l’ADEME, l’industrie du BTP produit 35 millions de tonnes de déchets par an en Île-de-France (chiffres 2018). Rien qu’avec le Grand Paris Express (GPE), cette production doit augmenter de 10 à 20 % par an d’ici 2030 ; le GPE produisant à lui seul 43 millions de tonnes de déblais sur la durée de son chantier. Plus rassurant, une grande proportion de ces déchets sont inertes, et donc valorisables.

Grands travaux, gros défi

Ainsi, selon le ministère de l’Environnement, la proportion des déchets inertes réutilisés ou valorisés dès leur sortie de chantier était de 61 % pour l’ensemble du secteur du BTP français en 2014, contre 49 % en 2008. Toutefois, le nombre de grands travaux à l’œuvre en Île-de-France (GPE, Eole, projets routiers, production de logements, chantiers des Jeux olympiques…) représente un véritable défi pour cette valorisation et un enjeu crucial de l’économie circulaire. Par ailleurs, il s’avère que l’Île-de-France ne peut à elle seule traiter tous les déblais qu’elle génère et doit les externaliser au sein du bassin parisien, notamment dans les carrières du département de l’Eure.

Cartographier pour valoriser

Raison pour laquelle les Régions Île-de-France et Normandie en partenariat avec l’ADEME et la Délégation interministérielle au développement de la vallée de la Seine se sont associées au sein du projet GeoBaPa depuis 2016. Le principe : plutôt que d’éliminer les terres excavées dans des centres de stockage, ne peut-on pas permettre leur réutilisation en aménagement ou en génie civil. En d’autres termes : les réutiliser telles quelles ? Réponse : oui, si on connaît suffisamment bien la qualité chimique des terres excavées et des sols qui vont les recevoir. Ce qui suppose des études de compatibilité au cas par cas particulièrement lourdes. 

Sinon, il y aurait peut-être intérêt à réaliser une cartographie précise de la qualité des fonds pédo-géochimiques du bassin parisien. Ce que s’est ingénié à faire un groupement technique coordonné par l’entreprise Soltracing. Leurs ingénieurs ont étudié plus de 7 700 échantillons de ces fonds issus de données collectées auprès de 5 grandes maîtrises d’ouvrage (Société du Grand Paris, Ville de Paris, Établissement Public Foncier d’Ile-de-France, Ville du Havre, Établissement Public Foncier de Normandie) et recueilli les données de plus de 200 sondages effectués en Île-de-France et en Normandie.

50 % de terres réutilisables

GeoBaPa vient ainsi de livrer ses résultats. Ils sont probants : jusqu’à 50 % des terres excavées sont potentiellement réutilisables sur près de 20 % du bassin parisien en préservant la qualité des sols en place. Et plus de 8,2 millions de tonnes de terres pourraient être réutilisées en projets d’aménagement sur les deux régions.

« Les zones péri-urbaines et urbaines sont particulièrement concernées, d’autant plus que celles-ci portent les plus forts enjeux en termes de gestion des terres », nous disent les porteurs du projet.

GeoBaPa possède aussi un autre mérite : montrer à quel point l’activité humaine a profondément modifié la nature des sols dans les zones déjà remblayées, ce qui suppose deux cartographies différenciées pour les sols receveurs : l’une présentant les zones naturelles, l’autre les terrains ayant subi des remblais anthropiques. Ce qui suppose aussi une traçabilité « précise et exigeante ». Avec GeoBaPa, des éléments concrets sont donc en place pour favoriser l’économie circulaire. Reste aux acteurs du BTP à s’en saisir.

Le webinaire de présentation de GeoBaPa est visible ici.