Grand Paris Express : le chantier du siècle dépollué à un quart

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Mis à jour le lundi 17 octobre 2022 by Olivier Delahaye

En attendant que le Grand Paris Express concoure à l’amélioration de la qualité de l’air en Île-de-France, son chantier pollue. Son grand ordonnateur, la Société du Grand Paris, explore donc les leviers qui doivent réduire ses émissions de CO2 de 25 %.

  • Stratégie environnementale Grand Paris Express
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EN IMAGES. Depuis la naissance de son projet, le Grand Paris Express (GPE) porte l’ambition de participer à réduire la pollution atmosphérique en Île-de-France grâce, notamment, au report modal de la voiture vers le métro. Ce fut même, avec l’amélioration des conditions de transport de banlieue à banlieue et le renforcement de la desserte des grands pôles économiques, l’une des raisons qui ont concouru à son lancement en 2011. Mais depuis le début aussi, le GPE porte une contradiction : améliorer à terme la qualité de l’air tout en polluant pendant plusieurs années du fait de son chantier titanesque.

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Un Bilan Carbone à pincettes

En charge de la réalisation de ce super métro, la Société du Grand Paris (SGP) a tôt pris en compte l’aspect environnemental et engagé certaines mesures, surtout en ce qui concerne ses déblais monumentaux (voir ici et ). Toutefois, face à l’enjeu, il manquait une stratégie globale et des objectifs ambitieux ; ce dont espère s’être doté dorénavant l’établissement public qui gère un projet à près de 40 milliards d’euros.

Déjà, la SGP possède une estimation de la pollution globale de ses chantiers : environ 4,4 millions de tonnes éq. CO2 (téCO2) de gaz à effet de serre sur la période 2015-2030. Annuellement, cela représente environ 0,7 % des émissions de l’Île-de-France et 1,6 % des émissions du secteur du bâtiment dans la région. D’ailleurs, ce sont les matériaux de construction qui, en très grande majorité, pèsent dans le bilan. Pour 69 %, selon le premier Bilan Carbone réalisé pour la SGP sur l’année 2020. Viennent ensuite le transport et la gestion des déblais (16 %), puis les services d’ingénierie (7 %).

Source : Société du Grand Paris

Ce tout premier Bilan Carbone est évidemment à prendre avec des pincettes, tant l’année 2020 a été particulière, avec un arrêt total des chantiers sur toutes les lignes durant un mois, suivi par une lente reprise à la normale ; sans parler des arrêts subis par la ligne 17, consécutifs à des décisions de justice. La SGP prévoit donc pour l’année 2021 une hausse par rapport aux 370 000 téCO2 enregistrées pour 2020 (chantiers et activités).

Des tunnels en bois ?

Pour autant, la SGP veut réduire ses émissions. Et pas de manière anecdotique. Objectif : -25 %. Soit 1,1 million de téCO2. Comment ? Eh bien puisque ce sont les matériaux de construction qui polluent le plus, elle commence par là : des matériaux moins polluants. Plus exactement du béton bas carbone, « 40 % moins émissif en CO2 qu’un béton traditionnel » selon elle. « 70 % des bétons utilisés sur les chantiers en cours sont déjà bas carbone », précise la SGP. Elle veut atteindre les 100 %. Sur la dénomination « bas carbone », il y aurait toutefois à redire. En décembre 2020, le bureau d’étude Elioth, filiale du groupe Egis, avait remis les pendules à l’heure avec une analyse du cycle de vie de ces bétons nouvelle génération, et conclu que l’on pouvait au mieux « parler de béton moins carboné ». La solution d’Elioth était encore plus catégorique : « Le béton peut être parfois utile, mais PARTOUT où on peut s’en passer IL FAUT s’en passer. » Difficile tout de même d’imaginer des tunnels en bois pour le Grand Paris Express.

Valoriser la boue

L’autre piste principale mène aux déblais générés par le chantier. Dès 2010, la SGP avait mené des évaluations et des études d’impact. Mots d’ordre : éliminer, traiter, valoriser. Surtout valoriser. La SGP, dont le chantier va générer au moins 45 millions de tonnes de déblais, s’est fixé un objectif de 70 % en la matière. Sur les 18 millions de tonnes de terres déjà excavées, 48 % ont été jusqu’à présent valorisés, principalement en réaménagement de carrières. Le transport est aussi un point sensible, surtout pour des chantiers qui, pour la plupart, se déroulent au cœur des villes. Remplacer les camions par des péniches ou des trains, c’est l’idée maîtresse. Pas toujours facile.

Notamment quand la SNCF rechigne à affréter des wagons mal adaptés. Il faut pour cela que les déblais soient extrêmement secs. Or, ce que sort un tunnelier c’est de la boue. La SGP est tout de même parvenue à évacuer environ 30 % de ses terres par barge et par voie ferrée. En 2019, elle a aménagé une plateforme de transit sur le port de Bonneuil-sur-Marne qui a accueilli 750 000 tonnes de déblais issues du creusement du tunnelier Camille sur la ligne 15 sud.

Boucler la boucle

Il y a l’économie circulaire sortante, mais aussi l’éco circulaire entrante. La SGP veut « renforcer l’utilisation de matériaux issus du réemploi et du recyclage ». Elle souhaite même réemployer ses propres déblais. Mieux encore : elle aimerait les réemployer pour faire du béton pour son métro, bouclant définitivement la boucle. C’est en tout cas le but d’une expérimentation co-financée avec l’ADEME : transformer les matériaux argileux extraits par les tunneliers en liant alternatif entrant dans la conception de béton « bas carbone ». Cette solution pourrait se traduire par la mise en place d’une installation industrielle recevant les déblais pour les transformer et les renvoyer sur les chantiers du Grand Paris Express. Car la SGP mise aussi sur l’innovation. En 2020, elle a mis en place le dispositif « Reverse Carbon Initiative », une prime à l’innovation destinée aux titulaires des marchés de travaux proposant des solutions vertueuses pour leurs matériaux de construction.

En parallèle, l’établissement public renforce le critère environnemental dans ses marchés de travaux. Elle annonce : « Le marché du 3e lot de génie civil de la ligne 17 devrait comporter un critère environnemental au poids inédit pour un marché d’infrastructure de cette ampleur en France. » Ou encore, pour ses futurs marchés de conception-réalisation des lignes 15 est et 15 ouest : « Les exigences en matière de valorisation des déblais se situent entre 75 % et 85 % de valorisation globale. » Gardant en tête l’objectif 2030 : n’avoir émis « que » 3,3 millions de téCO2.-

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