Grand Paris Express : le grand « recalage »

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Chantier Grand Paris Epress Noisy Champs
Chantier de la gare de Noisy Champs. Crédit : Société du Grand Paris/Gérard Rollando
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La Société du Grand Paris a revu une fois de plus son calendrier. Une fois de plus, il est repoussé. Tout en maintenant l’horizon de 2030 pour l’ensemble de son nouveau réseau.

À moins de décaler les Jeux olympiques de Paris à 2028, le Grand Paris Express ne servira pas à grand-chose pour l’organisation du plus grand événement sportif planétaire. La Société du Grand Paris (SGP) vient d’acter d’énormes retards sur le planning du chantier du siècle, qui ont eu pour effet de sacrément contrarier les membres de son Conseil de surveillance, d’ordinaire plutôt bonhommes.

« Recalés »

Pratiquant la méthode Coué, la SGP se félicite d’abord que l’horizon 2030 puisse être maintenu pour la livraison de l’ensemble du réseau et que les prolongements de la ligne 14 vers Orly au sud et Saint-Denis Pleyel au nord soient maintenus pour 2024. Pour le reste… c’est une grosse déconvenue. Enfin, en langage SGP on appelle ça un recalage. Recalée donc, la ligne 15 sud, la plus avancée à ce jour. Il est dorénavant question d’une mise en service à la fin 2025. Recalés « significativement », les premiers tronçons des lignes 16 et 17 avec une mise en service à l’automne 2026, soit un report de deux ans par rapport au dernier calendrier.

À l’inverse, la SGP promet des mises en service anticipées sur certains tronçons : le dernier de la ligne 16 et le deuxième de la ligne 17 pour 2028 et le tronçon central de la ligne 18 pour 2026 (un an plus tôt). Bon, pour l’instant, ça ne mange pas de pain.

Stopper un chantier du siècle

Évidemment, il y a des raisons à ces « recalages ». L’an dernier, la crise sanitaire avait déjà obligé la SGP à prévoir des retards de 3 à 8 mois selon les lignes. Cette année, c’est à peu près pareil, mais en un peu plus précis et en plus « cumulatif ». D’abord, l’arrêt total des chantiers pendant près de deux mois a engendré un retard équivalent. Toutefois, en matière de travaux publics, il ne s’agit pas de rebrancher un ordinateur, il y a une énorme inertie en phase de reprise sans compter des mois de travaux à faible cadence. Ajoutons à cela une désorganisation induite des chantiers et, cerise sur le gâteau, l’impossibilité de les accélérer au printemps 2020 comme l’aurait souhaité le maître d’ouvrage. En somme, stopper le chantier du siècle ne serait-ce que quelques semaines provoque des retards en cascade qu’on ne soupçonne même pas, car d’ordinaire on n’arrête pas un chantier de cette ampleur.

Toutefois, la SGP fait aussi amende honorable sur d’autres causes de son grand « recalage » : des cadences de tunneliers mal appréciées et des délais plus importants que prévus quant à l’appropriation foncière, le génie civil ou les marchés d’aménagement.

Bim ! Sur les doigts

Le communiqué de presse envoyé ce 13 juillet pour acter ces retards est précédé, une fois n’est pas coutume, par une note du président du Conseil de surveillance, Olivier Klein (maire de Clichy-sous-Bois). Rappelons que ce Conseil, qui réunit représentant de l’État et des collectivités territoriales, a vocation, comme son nom l’indique, à surveiller, à acquiescer, à féliciter… ou à taper sur les doigts du directoire, qui est l’organe exécutif de la SGP. Là, Olivier Klein tape sur les doigts : « Le conseil estime que si le bilan présenté répond à sa demande d’un point sur les conséquences de la crise pandémique sur les plannings de mise en service des lignes du Grand Paris Express, il eût été souhaitable que ces conséquences soient analysées plus rapidement et lui soient communiquées. Il confirme la nécessité d’une information continue et transparente sur l’ensemble des sujets de plannings, coûts et risques, dans le prolongement des progrès réalisés en la matière depuis 2017. » C’est dit. Et du coup, il y a resserrage de boulons avec la demande que « la Société du Grand Paris mette en place un dispositif de pilotage dédié et un suivi renforcé sur ces lignes, dispositif dont les détails devront lui être présentés dès sa prochaine réunion ». Fin de la récré.

À Paris 2024 aussi, on doit un peu faire la gueule. Car ce qui était prévu dans le dossier de candidature de 2017 c’était un Grand Paris Express de belle allure avec la mise en service avant le début des JO de la ligne 15 sud, de la ligne 16 de Saint-Denis Pleyel à Clichy-Montfermeil et de la ligne 17 jusqu’à Le Bourget Aéroport.

Enfin, à toutes choses égales, il est peut être préférable de se passer d’un Grand Paris Express lors de JO que de se passer de spectateurs comme ce sera le cas à Tokyo.