Jean-François Monteils, président de la SGP : continuités et rupture

899
Jean François Monteils
Print Friendly, PDF & Email

Alors que sa nomination à la tête de la Société du Grand Paris était approuvée par son Conseil de surveillance, Jean-François Monteils était auditionné par une commission sénatoriale. Prudent sur les questions de calendrier et de financement, il s’est surtout défini en homme de dialogue. 

« Monsieur le président pressenti », « Monsieur le futur président peut-être »… Les sénateurs qui auditionnaient Jean-François Monteils ce 9 mars se sont amusés quant à sa nomination non officielle, mais déjà actée à la tête du directoire de la Société du Grand Paris (SGP). Au moment même où le remplaçant de Thierry Dallard s’exprimait devant eux tombait en effet un communiqué de presse de la SGP : « Le conseil de surveillance de la Société du Grand Paris approuve la nomination de Jean-François Monteils au poste de président du directoire ». Reste à ce que le Parlement l’approuve lui aussi et que la décision soit entérinée par décret. 

Un poste à haut risque

Face aux quelques sénateurs présents à cette audition, Jean-François Monteils a d’ailleurs répondu à la question de sa nomination :

« On n’est pas vraiment candidat à de telles fonctions. On croit que cela peut être intéressant d’entrer dans une démarche constructive. Pour le dire simplement, je n’étais pas candidat. Je n’ai pas refusé. »

Il faut dire que ce poste exécutif peut faire trembler. Depuis la naissance de la SGP en 2010, quatre présidents se sont déjà succédé : Marc Véron (2010-2011), Étienne Guyot (2011-2014), Philippe Yvin (2014-2018) et Thierry Dallard (2018-2021). Tous signaient pour cinq ans. Aucun n’aura été au bout de son mandat. Une instabilité qui interroge. Malgré un CV bien fourni (voir plus bas), Jean-François Monteils ne se fait d’ailleurs pas d’illusion : « Le poste ne sera confortable qu’en 2030. » C’est-à-dire lorsque le Grand Paris Express sera en grande partie achevé.

Des retards assumés

Le sera-t-il ? C’est l’une des grandes questions que se posent les élus de la République censés approuver sa nomination. Jean-François Monteils l’affirme : « Les retards sont d’abord dus à une estimation initiale qui n’était pas bonne. » La crise sanitaire est ensuite passée par là. Dès le mois de juillet 2020, la SGP avait acté un retard conséquent, dû à la période de confinement. Jean-François Monteils confirme : « L’arrêt des chantiers a eu un effet domino dans un processus qui imbrique des myriades de décisions. À quoi s’ajoutent des modalités de travail qui subissent toujours l’impact de la crise. Le retard est aujourd’hui de 3 à 9 mois, sans mesure correctrice possible. » Le calendrier prévisionnel est donc pour lui « inatteignable pour les lignes 16 et 17 ». Et la SGP étudie des « solutions dégradées » qui « nécessiteront des arbitrages ». Pour autant, pas question pour lui de remettre en cause ni une seule ligne ni une seule gare du Grand Paris Express. Trois raisons à cela. D’abord, parce que le schéma d’ensemble est approuvé par la loi depuis dix ans. Ensuite, parce qu’il est cohérent et forme un réseau. Enfin, parce qu’il induit des opérations d’aménagement, dont certaines sont déjà en cours et se trouveraient fragilisées.

Pas de panique sur le financement

Donc, « ce projet ira au bout », a martelé Jean-François Monteils. Même si son financement, lui non plus, n’est pas gravé dans le marbre. S’il s’est refusé à employer les superlatifs habituellement en vogue sur le « chantier du siècle » (42 milliards d’euros), le nouveau président en attente du décret a tout de même indiqué que le Grand Paris Express c’est « 100 à 200 milliards d’euros générés » et, qu’en la matière, « c’est à cette aune que doit se mesurer le projet ». Suite au tsunami provoqué par le rapport de la Cour des comptes de janvier 2018 qui estimait « inatteignable l’amortissement complet de la dette en 2070 », crise salutaire selon Jean-François Monteils, des correctifs ont été apportés pour le financement du GPE. Il s’en félicite :

« 1/ « La SGP a pris des décisions stratégiques en matière d’emprunt qui permettent de faire face aux décaissements jusqu’à 2027 ». 2/ « Sa crédibilité sur les marchés financiers est solide ». 3/ « Son modèle financier l’est aussi avec des recettes fiscales qui ont été portées à 750 millions d’euros par an ».

Pas question, donc, de paniquer. D’ailleurs, l’amortissement de la dette en 2070 semble désormais pour lui une affaire résolue. 

Le sujet est managérial

Pas de réels changements donc. Lorsque Jean-François Monteils évoque un projet qui doit « réduire les déséquilibres territoriaux, améliorer la vie des gens, manifester un espoir dans l’avenir », on ne note pas non plus de rupture avec ses prédécesseurs. Guère non plus sur la question sensible des déblais pour laquelle « la solution fluviale doit être privilégiée ». Et n’attendons pas non plus un questionnement sur la viabilité du GPE alors que la crise sanitaire pourrait avoir des conséquences à long terme sur les mobilités et que de nombreux Franciliens se posent la question de quitter la région. Là-dessus, c’est clair :

« Les chiffres qui montrent des intentions de changer de vie sont inspirés par un mode de vie régional jugé insatisfaisant. Et justement, le Grand Paris Express est fait pour y remédier. » 

Non, ce qui change avec l’arrivée de Jean-François Monteils, c’est Jean-François Monteils. Autrement dit sa façon de diriger le « chantier du siècle ». Il semble là assumer une véritable rupture avec son prédécesseur. Après Thierry Dallard, ingénieur reconnu en matière d’infrastructures de transport, le voici, lui, homme de concertation. Il le dit lui-même : « Je n’ai pas l’intention de pouvoir maîtriser le projet dans ses moindres détails. » Entendons : je ne suis pas un technicien. Souligne, en revanche : « Avec une entreprise de bientôt 1 000 salariés (à la fin 2021), le sujet est managérial. » Il souhaite aussi privilégier les relations avec les élus locaux. Au travers des instances qui existent déjà : le Conseil de surveillance, qui réunit représentant de l’État et des collectivités territoriales, et le Comité stratégique qui regroupe tous les élus concernés par le projet. Mais aussi au travers de relations interpersonnelles : « J’irai à la rencontre des gens. »

Et puis, il le dit : « On ne peut pas piloter le Grand Paris Express sans penser à son exploitation finale. » Et donc sans penser à dialoguer abondamment avec le grand ordonnateur des transports franciliens : Île-de-France Mobilités. Sujet critique depuis la naissance de la SGP. Un rapport du Sénat d’octobre 2020 le regrettait encore : « Si le conseil de surveillance joue un rôle de plus en plus important et actif dans les prises de décisions stratégiques de la SGP, sa composition est révélatrice de relations encore insuffisamment développées avec Île-de-France Mobilités, l’établissement public régional qui sera pourtant chargé à l’avenir de la gestion des lignes du Grand Paris Express. »

Biographie Jean-François Monteils
Né en avril 1965, Jean-François Monteils est ancien élève de l’ENA, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Institut national des langues et civilisations orientales. Il est nommé auditeur à la Cour des Comptes en 1993 à sa sortie de l’ENA puis promu conseiller référendaire en 1996 et conseiller maître en 2010. Attaché financier en Allemagne entre 1997 et 2000, il est ensuite sous- préfet de Saintes entre 2000 et 2003. Nommé successivement Secrétaire général pour les affaires régionales de Corse (2003-2007), conseiller pour la réforme de l’Etat et de la fonction publique (2007-2009) puis conseiller pour le développement durable, la recherche et l’industrie au cabinet du premier ministre François Fillon en 2009, il devient Secrétaire général du ministère de l’Ecologie, duDéveloppement durable et de l’Energie en 2010. En novembre 2012, il réintègre la Cour des comptes.Depuis septembre 2015, il était président de la Chambre régionale des comptes de NouvelleAquitaine. Par ailleurs, il est président du conseil d’administration de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) depuis avril 2019.
(Source : Société du Grand Paris)