La cité-jardin de la Butte-Rouge, le combat continue

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VINTAGE FRIDAY. La Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry est née dans les années 30 d’un idéal utopiste, celui d’un élu socialiste visionnaire, maire de Suresnes qui avait fait de sa vie un combat contre le mal-logement. C’est ainsi qu’Henri Sellier qui fut Ministre de la Santé sous le Front populaire et président de l’Office public d’habitations à bon marché de la Seine, inspiré par un concept britannique fait construire à Châtenay-Malabry l’une des premières cités-jardins, des immeubles où les balcons donnent sur un espace extérieur où la nature est prépondérante. Il en fera par la suite construire une dizaine, autours de la capitale, à Arcueil, Drancy, Stains, Suresnes, Asnières, Gennevilliers, le Plessis-Robinson, le Pré Saint Gervais et Pantin, Champigny et Vitry-sur-Seine. A Châtenay-Malabry, Marcelle Geoffroy habite la cité depuis 1937 et se remémore dans ce reportage de 1986 son quartier avant-guerre, comparant son mode de vie à celui de la campagne avec un bois tout proche pour aller se promener, des petits commerces et le boulanger qui passe le matin.

L’architecte de la cité-jardin, Pierre Sirvin nous explique que la construction des immeubles d’après-guerre s’est faite dans des conditions économiques difficiles. Il aura fallu attendre les années 70 et 80 pour que ces habitations soient réaménagées afin d’améliorer la condition de vie des habitants. Cependant, certains endroits de la Butte-Rouge restent dégradés et leur réhabilitation n’avance que lentement. Aujourd’hui un tiers de la population de la ville, soit plus de 10 000 habitants, habite le quartier qui depuis la dernière grande rénovation de 1984 à 1994 s’est fortement délabré et le maire, Carl Ségaud a prévu de le réaménager en écoquartier. Mais à quel prix ? Une destruction massive de 80% des bâtiments, projet auquel s’oppose fermement le collectif SOS Cité-Jardin de la Butte-Rouge qui met en avant le fait que la cité est déjà un écoquartier et qu’une simple rénovation et amélioration des structures serait suffisant.

Mais le but secret de ce chantier ne serait-il pas tout simplement d’éloigner les « pauvres » en les mettant ailleurs puisque le projet ne prévoit qu’un tiers des nouveaux appartements en logements sociaux alors que le reste sera livré aux promoteurs. Alors qu’en début d’année 2021 le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable sans réserve à la modification du plan local d’urbanisme -en dépit des 85 % d’avis défavorables exprimés par 1 367 personnes lors de l’enquête publique – le dossier est sur le bureau de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot qui s’était engagée à « garantir le respect du site » et pourrait faire classer le quartier site patrimonial remarquable, ce qui protégerait définitivement la Butte-Rouge. Les associatifs souhaitent en parallèle continuer le combat en déposant un recours auprès du tribunal administratif.

FR3 Paris émission Action 3 du 7 novembre 1986 Un film INA