La Vieille-Mer redécouverte en 2024 ?

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Vieille Mer
Crédit : SAGE
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DOCUMENT. L’Apur publie une synthèse des différentes études menées sur la renaturation de la Vieille-Mer, rivière oubliée de Seine-Saint-Denis. À l’occasion des Jeux olympiques de 2024, elle pourrait à nouveau s’écouler au cœur du parc de La Courneuve.

Les campagnes françaises sont truffées de cours d’eau, ruisseaux et petites rivières. En fait, les villes aussi. Ces cours d’eau ont simplement été enterrés par l’artificialisation des sols, voire même remblayés pour les faire disparaître définitivement. Ancienne zone marécageuse, la Seine-Saint-Denis en comptait plusieurs : Moleret, Sausset, Rouallier, Rouillon, Morée… Et la Vieille-Mer, qui prend sa source à Dugny, s’écoule sur 6,5 km en traversant le parc Georges-Valbon (parc de La Courneuve) et la ville de Saint-Denis avant de se jeter dans la Seine au niveau du canal de Saint-Denis.

Quinze ans d’études

Au cours du XXe siècle, l’activité industrielle puis l’urbanisation ont raison de la Vieille-Mer. Ses crues provoquent régulièrement l’inondation des nouveaux quartiers et les activités humaines polluent ses eaux au point que la rivière devient un véritable égout à ciel ouvert. Dès 1957, elle est canalisée, puis busée, puis recouverte, servant dorénavant d’écoulement pour les eaux pluviales. La Vieille-Mer a tout de fois plus de chance que le Rouillon qui, lui, est comblé : de sa confluence amont à sa confluence aval, il est possible d’en suivre le parcours.

Le cours de la Vieille-Mer en 1674.

Et heureusement, les temps changent. L’optimisation des réseaux d’assainissement, la maîtrise et l’amélioration de la qualité des eaux incitent le Département de Seine-Saint-Denis et le Syndicat interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération parisienne (SIAAP) à lancer, en 1998, une étude de faisabilité de reconquête de la rivière. Ils sont rejoints ensuite par l’Établissement public territorial de Plaine Commune et par la ville de Dugny pour mener des études plus opérationnelles. Ces nombreuses études qui s’étendent jusqu’en 2013 et mobilisent des experts en hydrologie, en paysage, en urbanisme et en écologie confirment le rayonnement urbain, paysager, environnemental et social, d’une reconquête du cours d’eau.

Enjeu métropolitain

« La route est droite, mais la pente est forte », comme a pu le dire l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Étudier la redécouverte d’une rivière de 6 km est long, pas aussi long toutefois que les dizaines d’années qu’il a fallu pour la faire disparaître. Mais les astres se sont alignés avec la perspective des JO 2024. Le Département de Seine-Saint-Denis a inscrit le projet à son plan d’investissement bassin 2018-2024 et la Vieille-Mer est devenue un enjeu métropolitain à la faveur des récents documents de planification et des projets d’aménagement. Si bien que l’Agence parisienne d’urbanisme (Apur) s’est aussi invitée dans le projet avec la mise en œuvre de plusieurs études et la publication récente d’une synthèse (ci-dessous).

De cette synergie de nombreux acteurs, il ressort la volonté de découvrir la Vieille-Mer dans sa séquence amont en 2024, soit au sein du parc Georges-Valbon, sur 3 km. Sa séquence aval qui la mène jusqu’à sa confluence avec la Seine sera plus exigeante à réaliser tant elle traverse des espaces fortement contraints par les emprises bâties. Mais, comme l’écrit l’Apur : « Pièce singulière d’une archéologie du Grand Paris, la Vieille-Mer peut faire lien entre les territoires et ses acteurs. »

Entendons par là, offrir « l’opportunité de coconstructions de projets et d’actions ». Entendons par là aussi, devenir un véritable pilote pour d’autres projets de redécouverte de l’eau en ville, telle que celle de la Bièvre pour laquelle la Métropole du Grand Paris vient d’annoncer des travaux de renaturation sur un tronçon de 600 mètres dans le Val-de-Marne.

Le très riche ensemble des documents de l’Apur est à retrouver ici.