Le couple forge les inégalités de revenus entre les hommes et les femmes

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Mis à jour le mardi 8 mars 2022 by Olivier Delahaye

DOCUMENT. Dans une étude, l’Institut Paris Région pointe de fortes inégalités de revenus au sein des couples hétérosexuels franciliens. Plus prononcées encore chez les ménages aisés et âgés.

Les inégalités salariales entre femmes et hommes ont la vie dure en France et en Île-de-France. Elles sont encore plus prononcées au sein des couples. Dans une note rapide publiée ce 8 mars, l’Institut Paris Région (IPR), en partenariat avec l’Insee et la préfecture d’Île-de-France, estime à -32 % « l’écart de revenus au sein des couples hétérosexuels en défaveur des femmes » en Île-de-France ; ce qui correspond, en moyenne, à une différence de 1 180 euros.

Le couple, matrice inégalitaire

Le couple apparaît donc comme une matrice d’inégalités hommes-femmes. Car : « L’écart de revenus nets moyen entre une femme et un homme d’un même couple est supérieur à l’écart salarial observé dans l’ensemble de la population entre les femmes et les hommes », écrit l’IPR. En effet, une Francilienne célibataire perçoit un revenu moyen de 2 590 euros par mois contre 2 480 euros pour une femme vivant en couple avec un homme. A contrario, un homme célibataire gagne moins (2 880 euros) qu’un homme en couple (3 660 euros).

Du point de vue des revenus, l’homme tire donc pleinement avantage de la vie en couple. Un état de fait variable, mais majoritaire. Majoritaire, car il concerne plus de 60 % des couples ; dans 25 % d’entre eux, la femme gagne plus, et dans 14 % les revenus sont égaux. Variable, car les situations sont différentes selon les emplois et le niveau de diplôme… en restant généralement en défaveur des femmes. Ainsi, « les hommes cadres gagnent en moyenne 2 620 euros de plus que leur conjointe exerçant une profession intermédiaire », mais à poste équivalent une femme cadre gagne 27 % de moins que son conjoint.

Cette situation inégalitaire prend des proportions plus importantes avec la présence d’enfants dans le foyer. « Dans les couples sans enfants, les femmes sont plus souvent actives (92 % des cas) et les écarts de revenus entre femme et homme sont moindres (25 % en défaveur de la femme) », expliquent les auteurs de l’étude. En revanche, les revenus des femmes ayant trois enfants sont inférieurs de 44 %.

Les riches plus inégaux

Le couple, plus il est « sanctuarisé » (par la présence d’enfants ou par le mariage), a une forte incidence sur les revenus des femmes. Son impact est aussi de nature à changer selon son niveau de richesse. La note rapide de l’IPR note ainsi que la situation est plus égalitaire chez les couples aux revenus modestes ou de classe moyenne que chez les couples aisés. D’une certaine manière, tout se passe comme si la différence de revenus s’accélérait au sein du couple avec l’augmentation du niveau de richesse du couple.

Or, existe en Île-de-France une ségrégation géographique entre l’est et l’ouest (essentiellement dans la zone dense). Ainsi observe-t-on une plus grande égalité salariale en Seine-Saint-Denis, par exemple, que dans les Yvelines. Les communes les plus riches sont celles où les femmes souffrent le plus des inégalités salariales au sein du couple. À Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), au Vésinet (Yvelines), dans les 7e ou 16e arrondissements parisiens, « les femmes perçoivent des revenus près de deux fois inférieurs à ceux de leur conjoint (contribution comprise entre 30 % et 35 % pour la femme dans le revenu total du couple) ». Tout le contraire de Drancy, Aubervilliers, La Courneuve où la contribution des femmes dépasse très souvent 42 %.

L’espoir de la jeunesse

L’espoir est que cela s’arrange. Les chiffres semblent l’annoncer. Au niveau national, l’écart de revenus au sein du couple est de 32 % en 2018 contre 42 % en 2011. Autre motif d’optimisme : l’évolution du taux d’activité des femmes. En Île-de-France, il est dorénavant de 81 %, plus proche que jamais de celui des hommes (88 %). Mais c’est surtout du côté des jeunes générations qu’il faut se tourner. Elles sont plus égalitaires, portées par des courants sociétaux qui favorisent la prise de conscience, les jeunes femmes sont plus diplômées que leurs aînées, voire même que les jeunes hommes de leur âge. Ainsi : « La proportion de femmes dont les revenus sont inférieurs à ceux du conjoint est de 53 % pour les couples âgés de 25 à 35 ans » alors qu’elle atteint « près de 70 % pour les couples âgés de 56 à 65 ans ». Une comparaison sur laquelle on peut poser un bémol : plus les femmes avancent en âge plus leur carrière professionnelle subit des aléas que ne connaissent pas forcément les hommes, aléas souvent en lien avec la naissance d’enfants.

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