Les 7 travaux de la Tour Watt

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Tour Watt
Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme
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LISTICLE. Dans le 13e arrondissement, ICF Habitat a mis un an de plus à rénover la tour Watt que Jean Nouvel à ériger ses tours Duo. Parfois, la valeur d’un projet attend bien le nombre des années.

1. Rénover plutôt que démolir

Une tour de 1973, vieillissante et grise, qu’est-ce qu’on en fait ? Une tour de 17 étages, haute de 49,80 mètres, avec deux façades aveugles, véritable passoire énergétique, à quoi ça sert ? Une tour qui abrite un foyer de travailleurs à quelques encablures des modernes tours Duo occupées par une grande banque, on la démolirait pas par hasard ? ICF Habitat, filiale de la SNCF, a décidé que non, on allait rénover. Et elle a confié le projet à Vincent Lavergne Architecture Urbanisme. Qui a cette jolie phrase sur le sujet : « La transformation de l’existant a cette force supérieure sur la construction neuve qu’elle est à même d’incarner dans un seul mouvement l’époque d’où elle vient comme celle où elle se projette. » La tour Watt, connue aussi comme tour Le Loiret, entame sa mue en 2016.

Tour Watt avant rénovation
La tour Watt avant sa rénovation.
Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

Calendrier
Lancement du projet : 2015
Démarrage du chantier : octobre 2016
Démarrage de la surélévation : mars 2019
Démarrage de la façade : septembre 2020
Démarrage des terrasses : mars 2021
Livraison : décembre 2021

2. Intégrer Paris Rive Gauche

Il faut dire que ça bouge dans le 13e arrondissement. C’est Paris Rive Gauche, ses huit secteurs, sa grande bibliothèque, ses modernes tours (Duo bien sûr), une ZAC de 130 hectares qui pourrait bien un jour atteindre ses 50 ans d’aménagement. La vieille tour Watt se trouve dans l’un des coins les plus enclavés de la ZAC, un coin où il vaut mieux se tourner vers le nord-est pour trouver un Franprix et la rue du Chevaleret. Parce qu’à l’ouest, c’est les rails, le faisceau ferroviaire de la gare d’Austerlitz qui, à cet endroit, n’a pas été recouvert, et au sud c’est le périph’. L’environnement n’est pas non plus détestable, on y trouve quelques jolies petites maisons qui font front. Rénover Watt, c’est adapter la tour à son nouveau contexte urbain.

Tour Watt streetview
La tour Watt en travaux sur Streetview. Au gauche, parmi l’environnement urbain,
d’anciennes maisons. Crédit : Google

3. Faire le connecteur

Plus précisément, la tour Watt est dotée d’une fonction urbanistique. Parce que couvrir les voies ferrées, c’est bien, mais ça fait des décalages. Ville haute, ville basse. Rupture topographique, comme on dit. Dessus, la belle ville contemporaine avec ses modernes tours (Duo, non ?) ; dessous, la ville historique avec quelques jolies maisons qui font front et des vieux bâtiments seventies, biscornus, jaunis. Watt, elle est adossée au socle qui recouvre les voies ferrées. Sous elle, il y a la rue Watt qui passe en tunnel. La voilà donc qui connecte deux quartiers : la ville basse des rues du Loiret et du Chevaleret et la ville haute du nouveau secteur Massena Bruneseau.

Tour Watt Image 3D
Le projet en 3D. Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

4. Isoler plus pour dépenser moins

Pas moyen d’y couper. Watt, si tu veux durer, tu te mets au durable. En bâtiment, ça veut dire passer au crible du diagnostic énergétique. Avec un nom pareil, aussi…

Isolation par l’extérieur, isolation des planchers bas, isolation des toitures-terrasses, raccordement aux réseaux de chaleur urbains, ventilation mécanique, robinets thermostatiques, etc. Ça a mis de l’effort énergétique en veux-tu en v’là. Au total, ça paye, l’étiquette est concrète. 71 % de réduction des consommations en énergie primaire. Des labels en pagaille, aussi bien que les tours Duo. Et une nouvelle peau : trois formats de résilles d’aluminium qui cachent une nouvelle épaisseur d’isolant et redessinent le bâtiment version 2021.

Facade tour watt
La façade en chantier. Pose de sa nouvelle peau en résilles.
Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

En chiffres
Montant des travaux : 11,5 millions d’euros HT
Nombre de logements : 175
Hauteur : 50m depuis rdc haut / 59 m depuis rdc bas / 17 niveaux
Surélévation : R+14 / R+17
Surface de plancher : 6053 m2

5. Se mettre au bois

Ça aussi c’est tendance. Un peu de bois, ça fait jamais de mal. Mais où ? En haut. Au sommet. Watt s’est surélevée de 10 mètres et 4 étages. La voilà dorénavant approchant les 60 mètres de haut, plus fine, plus élancée, plus élégante. Pas totalement idiot : le bois ça fait sens question approche environnementale, c’est léger à mettre en œuvre et qui dit surélévation dit logements en plus (densification, sic). Et puis la tour change ainsi de look, elle est moins monolithique, elle peut accueillir des terrasses et un peu de végétation dans les hauteurs. Il y a du bois dans les tours Duo ?

Tour Watt surélévation
En chantier : la surélévation
Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

6. Mixer les usages

Rénovation énergétique, densification… il manquait le troisième larron au Pim-Pam-Poum de toute opération d’aménagement métropolitaine, la mixité des usages bien sûr. Bon certes, ce n’est pas Duo, ses commerces, son bar panoramique et son hôtel de luxe, mais il faut saluer l’effort. À la tour monofonctionnelle se substitue un bâtiment mêlant logements, bureaux, local d’activité et espaces communs. Ça se joue surtout dans la surélévation et dans le socle, modifié, étendu, remodelé. Retourné même, puisque l’accès aux logements se fait dorénavant depuis la rue Louise Bourgeois, côté ville haute, donc. Tandis que l’entrée vers les espaces du socle se fait côté rue du Loiret, côté ville basse.

Tour Watt coupe perspective
Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

7. Loger la « première ligne »

Watt abritait un foyer destiné aux cheminots. Le confort était spartiate : 182 chambres de 9 m2 avec sanitaires et cuisines en commun. Une réno plus tard, voilà 175 studios de 22 m2 semi-meublés relevant du PLUI ; ce qui devrait permettre à des « salariés de première ligne », aussi appelés salariés « essentiels », autrement dit des personnes gagnant peu et habitant loin, de se rapprocher de leur emploi parisien. Les quatre façades sont aussi dorénavant vitrées, n’ayant plus peur de se confronter visuellement au sillon ferré, au périphérique, aux aménités de la ville, mais donc aussi à la Seine et… aux tours Duo.

Résilles, intérieur et vue sur les tours Duo. Crédit : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme

Acteurs
Maître d’ouvrage : ICF Habitat
Assistant à maître d’ouvrage :ER conseil / Amodev
Acquéreur des biens : ICF Habitat La Sablière
Architecte : Vincent Lavergne Architecture Urbanisme (intégration bâtie, extension et surélévation, enveloppe) et A&B PMCR (rénovation intérieure des locaux communs, commerciaux et des logements)
Aménageur : SEMAPA
Entreprise générale : Eiffage amélioration de l’habitat
Aménagement intérieur : A&B PMCR

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