L’Île-de-France au cœur de la surmortalité en 2020

419
image covid
Ils partent avec nous
Print Friendly, PDF & Email

DOCUMENT. L’Insee a publié ce 29 mars un recensement de la surmortalité française en 2020. Inédite depuis 70 ans, la hausse des décès a particulièrement touché l’Île-de-France.

Tout avait pourtant bien commencé. Selon le point hebdomadaire de Santé publique France (SPF) du 3 mars 2020, la mortalité en France restait « dans les marges de fluctuation habituelle sur l’ensemble des classes d’âges ». À regarder le graphique que SPF publie alors (ci-dessous), la mortalité de ce début d’année 2020 est même légèrement inférieure à celle de 2019.

Une mortalité inédite

Ce qui est confirmé par un autre graphique de l’Insee (ci-dessous aussi), publié ce 29 mars 2021, montrant l’évolution entre 2019 et 2020 des décès par région : en janvier-février 2020, la mortalité est plus faible dans toutes les régions françaises, excepté pour Mayotte. Et puis boum ! Elle explose ensuite. On le voit sur ce même graphique de l’Insee : seules cinq régions françaises connaissent un excédent de décès inférieur à +5 %. 

L’Insee nous l’apprend sans vraiment nous l’apprendre, ce 29 mars : l’année 2020 a connu une mortalité exceptionnelle avec 669 000 décès enregistrés toutes causes confondues, soit 55 500 décès de plus qu’en 2019 (+9 %). L’Insee évoque même « une hausse inédite depuis 70 ans ». Parmi les régions qui ont payé le plus fort tribut à l’épidémie figurent Mayotte, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île-de-France.

Saisons épidémiques

Depuis 2010, la mortalité française augmente chaque année. Raison à cela : l’arrivée à un âge où l’on meurt plus de la génération des baby-boomers. Ils avaient fait exploser la natalité française entre 1943 et 1960, on s’attendait à ce qu’ils entraînent une hausse de sa mortalité, soixante-dix à quatre-vingt-dix ans plus tard. Mais selon une pente douce. Ainsi, les prévisions suggéraient un accroissement des décès de +14 000 en 2020, par rapport à 2019. Pas +55 500. Et cette surmortalité s’est avant tout concentrée sur deux périodes distinctes : + 27 300 décès en mars avril (soit une hausse de +27 % par rapport à 2019) ; +34 300 décès en septembre-décembre (soit +17 % par rapport à 2019). Des hausses spectaculaires qui correspondent effectivement aux deux vagues de l’épidémie de Covid-19.

L’Île-de-France paie le prix fort

Hors Mayotte, qui a aussi été touchée par une épidémie de dengue, l’Île-de-France est la région la plus meurtrie : +19 % d’excédents de décès. Et ce dès le début de l’épidémie. « À partir du 16 mars, l’Ile-de-France a enregistré une hausse de la mortalité beaucoup plus vive que partout ailleurs », note l’Insee. Jusqu’à la fin de ce mois de mars 2020, les territoires du Nord francilien connaissent une flambée épidémique inédite : ils jouxtent l’Oise où sont apparus les premiers cas de la maladie ou bordent l’aéroport de Roissy, porte d’entrée internationale de la région francilienne.

Entre le 1ermars et le 30 avril 2020, la surmortalité s’élève ainsi à +91 % en Île-de-France. La Seine-Saint-Denis (+125 %) et les Hauts-de-Seine (+113 %) sont particulièrement touchés. Paris ou les Yvelines, un peu moins, mais le surcroît de décès atteint quand même +70 %.

Au final, cette première vague printanière aura contribué à 80 % à la hausse des décès en Île-de-France. Car la région capitale s’en sort mieux ensuite avec un excédent de décès de « seulement » +14 % entre septembre et décembre. Au total, le nombre de décès toutes causes confondues survenus en Île-de-France augmente de 19 % entre 2019 et 2020. Et le surplus de décès survenus en mars-avril 2020 contribue à hauteur de 15 points à cette hausse.

L’effet rebond de l’épidémie

Si l’Insee comptabilise + 55 500 morts en France en 2020, Santé publique France recense de son côté 64 000 décès liés à la Covid-19 entre le 1ermars et le 31 décembre 2020. Soit une différence de 8 500. Hors Covid, la France a-t-elle donc connu une baisse de sa mortalité ? De fait, les solutions pour contrer l’épidémie, confinements et gestes barrière, ont contribué à faire chuter certaines causes de mortalité. Ainsi, les confinements (surtout celui du printemps) ont provoqué une baisse très importante des déplacements. Et par conséquent, une baisse très importante de la mortalité routière. Avec 700 décès de moins en 2020, l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière l’évalue à -21,4 %. Ainsi aussi les fameux gestes barrière (distanciation, masque, lavage des mains) ont fortement ralenti la propagation des autres virus. Santé publique France évalue à 4 000 le nombre de décès dus à la grippe saisonnière, deux fois qu’en 2019. Surmortalité, sous-mortalité : les paradoxes de l’épidémie.