Quand les égouts parisiens fertilisaient le grenier à légumes de l’île-de-France

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VINTAGE FRIDAY. Voici plus d’un siècle que les eaux usées de la ville de Paris nourrissent la terre de trois plaines agricoles du Val-d’Oise et des Yvelines. Si aujourd’hui ces épandages ont cessé, ce fertilisant « naturel » a permis aux maraîchers de récolter des légumes magnifiques qui ont fait – pendant des décennies – leur réputation. Dans ce reportage de 1996 nous retrouvons Bernard Dumont, maraîcher retraité, qui se souvient de cette époque où la production de légumes frais d’Achères nourrissait la capitale. Production qui est certes moins importante aujourd’hui, mais qui existe toujours comme le précise Daniel Wytwer, dernier maraîcher en activité.

Mais déjà en cet fin de XXᵉ siècle certaines personnes se posent des questions sur ce fertilisant qui ne serait peut-être pas si bon pour notre santé et Roger Colas, adjoint au maire d’Achères, chargé de l’environnement et de l’urbanisme se sent obligé de préciser que les légumes produit sur ces terres ne conservaient aucun goût de cet engrais provenant des égouts parisiens. Si la technique d’épandage n’a pas changé, petit à petit les jardins potagers et la culture des légumes de la plaine d’Achères sont remplacés par le maïs, après que des associations locales ont attaqué l’état en justice à la fin des années 1990.

A la fin du XIXème siècle, un ingénieur propose d’utiliser ces eaux usées pour arroser les champs. A cette fin, on construit une canalisation de 28 km de long pour transporter les eaux d’égout jusque sur ces champs d’épandage. C’est l’aqueduc d’Achères. (Carte Conseil général du Val d’Oise)

Mais voilà, si aujourd’hui en 2022 l’épandage a cessé, la pollution reste, suscitant des craintes sanitaires liées au saturnisme. Car avec ces eaux qui ont permis de fertiliser les sols des plaines d’Achères et de Carrières-sous-Poissy de 1899 à 1999 sont venus de nombreux métaux lourds comme le cadmium, le mercure, l’arsenic et le plomb qui ont empoisonné non seulement ces terres, mais aussi les riverains. Santé publique France indiquait en 2019 que le taux de plomb trois fois supérieur à la valeur repère en Île-de-France de 53,7 mg/kg pouvait avoir un effet sanitaire sur les enfants de moins de 6 ans, chez qui le saturnisme altère le développement du système nerveux. Ce problème est d’autant plus grave qu’une grande partie de ces terres agricoles empoisonnées sont aujourd’hui des zones urbanisées comme à Pierrelaye où la cour de l’école a été asphaltée pour que les enfants ne soient pas en contact avec la terre polluée. Mais en est-il de même chez eux dans leurs jardins ?

Un reportage de France 3 Paris du 25 octobre 1996 film INA

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