Timelapse : le gris urbain mange du terrain

555
A vélo dans le grand paris
Print Friendly, PDF & Email

VIDEO. Vue des satellites, la planète bleue est souvent verte et grise, en tout cas en région parisienne. Et même de plus en plus grise. La faute à l’artificialisation des terres. La preuve ici avec ce timelapse révélant l’évolution urbaine de plusieurs territoires du Grand Paris entre 1984 et 2020.

Les chiffres, on le sait, sont déjà parlants : 590 hectares d’espaces naturels et agricoles consommés par an en Île-de-France. Soit 830 terrains de football. De quoi améliorer sensiblement la pratique sportive… Et le Zéro artificialisation nette (ZAN) devient un objectif politique. Mais que disent les images ? Depuis l’espace, elles sont un témoignage accablant d’autres politiques.

Trente-sept années d’observations

Ces images, elles sont issues de la nouvelle fonctionnalité Timelapse de Google Earth, qui vient d’opérer sa plus importante mise à jour depuis 2017. Celle-ci a été rendue possible grâce aux données ouvertes fournies par le programme Copernicus de l’Union européenne et ses satellites Sentinel, ainsi que par le programme Landsat de la NASA et de l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Près de 24 millions d’images prises par satellite depuis 37 ans ont été intégrées pour explorer la planète de façon chronologique. 

À partir du Timelapse Google, gpmetropole-infos.fr a choisi ici cinq territoires emblématiques de l’Île-de-France pour rendre compte de son urbanisation : l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, la ville de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), le plateau de Saclay, la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines et le secteur Val d’Europe de Marne-la-Vallée. Cinq territoires de différentes tailles et de différentes fonctions qui ont tous fait l’objet d’un développement urbain très intense. A regarder défiler les années, il semble que pour tous ce soit principalement à partir des années 2000 que l’intensification ait lieu. On s’en rend mieux compte en comparant simplement les images de 1984 et de 2020.

Aéroport de Roissy

1984 —– 2020
(cliquer pour agrandir)

Pour desservir plus de 300 villes dans le monde et transporter plus de 76 millions de passagers par an (en 2019), l’aéroport de Roissy ne s’est étendu « que » de 300 hectares (2 900 hectares à sa création en 1974 contre 3 200 hectares aujourd’hui), mais ce sont surtout ses aménités et son pôle économique qui se sont fortement développés. Près de 90 000 salariés y sont recensés. Le complexe aéroportuaire (dont la forme significative est au centre des images) qui, en 1984, semblait perdu en pleine nature semble dorénavant totalement rattaché à un contexte métropolitain qui le « lèche » par le sud. Il apparaît même comme une finalité de la métropole parisienne ou au contraire comme son commencement. Si bien que son surnom de porte d’entrée internationale du Grand Paris n’est pas usurpé.

Bussy-Saint-Georges

1984 —– 2020
(cliquer pour agrandir)

L’exemple de Bussy-Saint-Georges est faramineux. Voilà une ville dont la population n’a pas dépassé les 500 habitants durant deux siècles et qui, en l’espace de trente ans, l’a vue progresser de plus 5 000 %. Il a bien fallu construire… Les villes alentour ne sont pas en reste et l’on observe deux phénomènes : des villages, autrefois séparés par des espaces naturels, se touchent dorénavant, et la frontière entre ville et nature est plus marquée. Pontcarré, au sud de Bussy, devient même une sorte d’ilot urbain.

Plateau de Saclay

1984 —– 2020
(cliquer pour agrandir)

De longue tradition agricole, le plateau de Saclay vit une véritable métamorphose urbaine qui s’accélère depuis le tournant des années 2010. Son Établissement public d’aménagement (EPA Paris-Saclay) considère que 30 % des aménagements prévus ont été réalisés. Seulement, pourrait-on dire. Même si la loi prévoit d’y sanctifier 4 000 hectares d’espaces naturels et agricoles, il sera intéressant d’aller faire un tour sur Google Earth d’ici dix ans. L’image nous montre un autre phénomène urbain : l’encerclement. Grignoté, le plateau de Saclay paraît aussi cerné par l’urbanisation. Dès lors, la fameuse question des corridors écologiques prend tout son sens.

Saint-Quentin-en-Yvelines

1984 —– 2020
(cliquer pour agrandir)

Partie intégrante du plateau de Saclay, la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines en constitue la branche ouest. C’est donc à l’est de son territoire que l’urbanisation y est la plus visible, notamment sur Guyancourt. Les images nous laissent surtout mieux découvrir la continuité urbaine qui s’est créée au long de la nationale 10, ici de Versailles au Perray-en-Yvelines. Et très visible entre Trappes et Coignières. Ceux qui connaissent ce sillon routier impressionnant en savent aussi la laideur des zones commerciales qui la longent à cet endroit. C’est un autre aspect de l’urbanisation : son développement linéaire et implacable le long des axes routiers.

Val d’Europe

1984 —– 2020
(cliquer pour agrandir)

Enfin, avec Val d’Europe, on atteint le paroxysme de l’urbanisation. Certes, c’était prévu : la naissance de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, dont Val d’Europe fait partie, avait donné lieu à une programmation urbaine par secteurs. Cela a démarré à l’ouest, plus proche de Paris et des réseaux de transport. Et cela s’est poursuivi à l’est, avec un mastodonte : le parc d’attractions Eurodisney. À partir de la fin des années 1980, Val d’Europe s’étend de façon quasi concentrique (on voit très bien le rond au centre de l’image sur le timelapse, comme un cropcircle urbain). Un autre mastodonte arrive ensuite : le centre commercial Val d’Europe. Et tout s’enchaîne. De plus en plus vite. L’image donne même l’impression d’un véritable escargot bétonneur.