Un reconfinement raté en matière de pollution

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Pollution atmosphérique paris
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Le bilan d’Airparif sur le deuxième confinement révèle que, contrairement au premier, il a eu un impact minime sur la qualité de l’air en Île-de-France. Or, de nombreuses études tendent à montrer que la pollution représente un facteur aggravant en situation épidémique.

Écoles ouvertes, industries et bâtiment qui tournent à 100 %, télétravail peu respecté par les entreprises malgré les incitations gouvernementales… le deuxième confinement mis en place depuis le 30 octobre, s’il est moins bien vécu par les Français, est bien moins strict que celui du printemps. On peut le lire à travers le bilan comparatif réalisé par Airparif sur la qualité de l’air liée au trafic routier.

Une baisse minime des émissions

Airparif rappelle que « suite à l’entrée en vigueur du premier confinement, les émissions liées au trafic routier d’oxydes d’azote (NOx), de dioxyde de carbone (CO2) et de particules PM10 avaient connu une chute brutale, pour atteindre un plateau à un niveau correspondant à 30 % de leur niveau par rapport à la situation de référence, soit une baisse de -70 % ». À l’occasion de ce reconfinement, les émissions de NOx, de CO2 et de PM10 ont également chuté, mais pas dans les mêmes proportions, atteignant 80 % de leur niveau habituel. Soit une baisse de -20 %. La baisse est toutefois plus marquée sur Paris, avec une diminution de -30 %. Elle atteignait -75 % en mars.

Le boulevard périphérique, axe routier le plus important d’Europe, fait toujours exception. Déjà, lors du premier confinement, la diminution des niveaux de pollution y avait été moins marquée qu’ailleurs. C’est toujours le cas puisque les émissions de NOx et de PM10 y sont à 85 % de leur niveau habituel.

Une relation pollution-virus

Dès le déconfinement du mois de mai, la pollution atmosphérique avait fait son grand retour en Île-de-France. Et force est de constater que l’épisode 2 du confinement n’aura pas les mêmes vertus que l’épisode 1. La mauvaise nouvelle, c’est que la pollution constitue un facteur aggravant de l’épidémie. L’Observatoire régional de santé (ORS) d’Île-de-France a compilé différentes études internationales dans le cadre d’une lecture critique parue au mois de septembre. L’ORS en conclut qu’il « ne fait aucun doute que l’exposition à court et long termes à la pollution atmosphérique ambiante est à l’origine de maladies chroniques, et que la pollution diminue la réponse immunitaire de l’organisme face aux infections. Ainsi, la pollution de l’air peut être considérée comme un cofacteur de morbi-mortalité par COVID-19 ». Plus encore, l’ORS souligne : « Les zones les plus polluées sont souvent celles où se trouvent les populations les plus vulnérables et où les efforts doivent être prioritaires. Et ce d’autant plus que ces populations sont davantage en mauvaise santé, avec des taux de diabète et d’obésité plus élevés qui les rendent déjà plus fragiles au virus. »

Les chiffres régionaux de Santé publique France sont là pour le prouver. Au plus fort de la première vague de l’épidémie, la Seine–Saint-Denis, département le plus pauvre de France, connaissait un excès de mortalité de 301 % (contre 183 % à Paris). Entre le 19 et le 25 octobre, elle enregistrait à nouveau un excès de mortalité de 51 % (contre 11 % à Paris).

Cercle vertueux ou cercle vicieux ?

Si le premier confinement a su limiter la propagation du coronavirus, il a aussi fait baisser le facteur de morbidité lié à la pollution de l’air. Dit autrement, on peut en conclure une sorte de cercle vertueux : plus on se confine plus on limite la propagation du virus et plus on améliore la qualité de l’air ; et plus on améliore la qualité de l’air plus on se protège contre le virus. « COVID-19 et pollution de l’air ont leur destin lié », conclut l’ORS. Santé publique France a d’ailleurs initié une étude « pour estimer l’impact à court terme sur la mortalité des baisses des niveaux de pollution extérieure occasionnées par les mesures prises pour limiter la propagation de la COVID-19 », mais aussi et surtout sur les impacts à long terme avec les effets engendrés par le post-confinement. Si ce deuxième confinement n’a pas l’impact escompté en matière de qualité de l’air, qu’en sera-t-il, en effet, à sa sortie ? Une pollution aggravée par une reprise économique tambour battant pourrait réactiver l’épidémie. Cercle vertueux ou cercle vicieux ?