Vieillissement dans le Grand Paris : l’APUR dresse les enjeux

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DOCUMENT. En 2018, L’APUR publiait une étude sur « Le logement des seniors dans la métropole du Grand Paris », énumérant les enjeux à multiples facettes du vieillissement en Île-de-France.

D’abord le constat démographique. À l’instar de la France et de l’Île-de-France, la métropole du Grand Paris vieillit. En 2013, elle comptait près de 1 million d’habitants de plus de 65 ans (958 500 pour être précis, soit 13,8 % de sa population). La part des 65 et plus augmente dans tous les territoires, mais de façon différenciée. Globalement, l’augmentation est plus forte dans l’ouest et le sud parisien, dans les Hauts-de-Seine et dans quelques villes du Val-de-Marne. Plus précisément, ce sont les territoires les plus riches qui recensent le plus de seniors, comme le 16earrondissement de Paris, Neuilly-sur-Seine ou Saint-Maur-des-Fossés. À Versailles, en 2013, les plus de 60 ans représentaient plus d’un cinquième de la population. À l’opposé, le nord et le nord-est de la métropole comptent beaucoup moins de personnes âgées et leur part dans la population augmente peu (+0,1 point sur le territoire de Plaine Commune).

L’exil des seniors

Le vieillissement implique un une augmentation mécanique du nombre de personnes âgées dépendantes. À l’échelle de l’Île-de-France, l’on s’attend à une augmentation de +19,5 % des personnes de 75 ans ou plus dépendantes entre 2020 et 2030. Là encore, il existe des disparités territoriales. Ainsi, la progression ne serait « que » de +11,6 % pour Paris contre +31,8 % pour la Seine-et-Marne. Deux chiffres que l’on peut mettre en relation : face au manque de structures dédiées à Paris, de nombreuses personnes âgées dépendantes quittent la capitale pour la grande couronne. Or, la Seine-et-Marne est le département le mieux équipé en de telles structures. Au niveau métropolitain, il se dessine une tendance très claire à l’exil des seniors. Pour 38 % des 75 ans ou plus qui partent, la raison est simple : rejoindre un établissement de prise en charge de la vieillesse.

Inégalités

Mais les raisons sont aussi liées aux difficultés économiques que vivent les retraités, notamment lorsque l’on s’éloigne du cœur de la métropole. De fortes inégalités frappent les territoires. Chez les ménages de 60 à 74 ans, les écarts de revenus vont de 1 à 8,3 contre 1 à 4 au niveau national. Le taux de précarité atteint 12,7 % chez les 75 ans et plus en Seine-Saint-Denis. L’espérance de vie est plus élevée à Paris et dans les Hauts-de-Seine que dans les deux autres départements. Et la précarité énergétique touche plus particulièrement les plus de 60 ans avec un effort de 16 % en moyenne contre 3,2 % pour l’ensemble des ménages franciliens. Nombre d’entre eux sous-occupent un logement dont ils sont très souvent propriétaires (59 % des 65 ans et plus), mais rechignent à le quitter.

Les Grands Parisiens vieillissent presque tous chez eux

Ce qui explique un taux impressionnant de Grands Parisiens de plus de 75 ans vivant à leur domicile : 93 %. En revanche, leurs logements paraissent inadaptés puisque seuls 7,4 % des Franciliens âgés d’au moins 60 ans y ont réalisé des travaux d’adaptation. Ce ne sont pourtant pas les aides qui manquent et l’APUR les liste : aides à la pierre des organismes HLM, dispositif de l’ANAH, aides aux travaux des caisses de retraite, appuis des centres communaux d’action sociale, financements et subventions des départements, aides de certaines communes et de certains Établissements publics territoriaux. Sachant que le maintien à domicile est aussi conditionné par l’accompagnement humain. À ce titre, le taux d’équipement en Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) est légèrement plus élevé au sein de la métropole (10,7 places pour 1 000 personnes âgées de 65 ans ou plus en 2012) qu’au niveau national (10,1 places pour 1 000) ; ceci pour compenser en partie le déficit d’Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

EHPAD et EHPA

En matière de lits, c’est effectivement très pauvre. Paris, par exemple, dispose de 30 places pour 1 000 personnes âgées de 75 et plus. Encore faut-il qu’elles aient une bonne retraite : le tarif d’hébergement d’un EHPAD à Paris est en moyenne de 3 294 euros par mois (contre 1 769 euros en France). À l’échelle de la métropole, le taux d’équipement est de 60 places pour 1 000. En revanche, le taux d’équipement est bien meilleur concernant les EHPA avec de nombreuses résidences services. La métropole comptait 15 167 places en 2013, soit un taux de 60 places pour 1 000 personnes âgées de 75 et plus (contre 27,3 pour 1 000 au niveau national). Reste à trouver des passerelles entre EHPAD et EHPA, car ceux-ci sont de plus en plus confrontés au vieillissement de leurs résidents.

Pour les plus précaires, des hébergements inadaptés

Enfin, l’APUR considère une dépendance plus cachée, celle des travailleurs étrangers et des sans domicile fixe. Les premiers, issus des vagues d’immigration des années 1950-1960, sont « confrontés à des situations d’isolement et à des conditions de vie particulièrement difficiles au sein de logements collectifs exigus et inadaptés aux problématiques du vieillissement » : ils représentent 37 % des résidents dans les foyers de travailleurs migrants parisiens. Les seconds sont aussi souvent hébergés au sein de structures non adaptées aux problématiques de la dépendance et y sont de plus en plus nombreux, « ce qui pose de plus en plus la question de la fin de vie dans les structures d’accueil ».