Vincennes, une utopie pédagogique pour étudiants révolutionnaires

574
Print Friendly, PDF & Email

VINTAGE FRIDAY. Le général de Gaulle et son ministre de l’Enseignement Edgar Faure ont initié cette utopie pédagogique en 1968 alors que seulement 12 ans plus tard – en 1980 -, à l’initiative de Jacques Chirac, le gouvernement de Raymond Barre fait expulser les enseignants et étudiants et raser les 40 000 m2 des locaux de l’université Paris VIII Vincennes. Mais que reste-t-il de ces « années Vincennes » ?

Tout d’abord une liste impressionnante de grands noms qui y ont enseigné, dont les philosophes Michel Foucault, François Châtelet, Gilles Deleuze, Michel Serres, Jean-François Lyotard et Georges Lapassade, la journaliste et militante féministe Maria-Antonietta Macciocchi, l’historienne Madeleine Rebérioux, le psychanalyste Gérard Miller qui se nomme « responsable de ce qu’on appelait le mouvement de la jeunesse ». Mais aussi d’encore plus célèbres intervenants comme Dario Fo et Noam Chomsky dont on peut trouver sur internet les interventions filmées. Le centre universitaire expérimental de Vincennes est créé quelques mois après mai 68. L’objectif est simple : offrir aux étudiants contestataires un lieu doté d’une réelle autonomie financière et pédagogique, un laboratoire ouvert sur le monde contemporain où ils pourront réaliser leurs aspirations. L’étudiant de la faculté de Vincennes ne sera pas un spécialiste, mais un individu préparé à s’adapter aux bouleversements de la société de l’après Mai-68.

Les disciplines sont multiples et complémentaires et à l’enseignement classique d’une Faculté de Lettres viennent s’ajouter de nombreuses matières comme l’économie, les sciences politiques, les mathématiques, l’urbanisme et l’art sous toutes ses formes : peinture, musique, architecture, sculpture, poésie et dramaturgie, musique, théâtre, danse et cinéma. L’université française est en pleine réforme et le modèle Vincennes s’inspire des universités américaines avec des relations élèves/enseignants toutes nouvelles, du travail en petits groupes ne laissant plus de place aux cours magistraux en amphi, une large utilisation de l’audiovisuel avec des salles de cours équipées d’un circuit vidéo et enfin des examens remplacés par un contrôle continu et des Unités de Valeurs qui permettent aux élèves de réaliser des parcours multiples à la carte avec une licence en 30 unités de valeur qu’ils pourront passer à leur rythme.

Les étudiants et les projets sont aussi multiples, des étudiants non bacheliers, des salariés qui reprennent leurs études, mais aussi un terrain de combat idéologique et de recrutement pour les militants de Mai-68, trotskistes, marxistes ou encore anarchistes maoïstes. Si, comme nous le rappelle ce reportage, l’université de Vincennes est le bastion rouge, le rendez-vous des nostalgiques de Mai-68, il est pour la plus grande part des étudiants une faculté où on travaille plus librement et mieux qu’ailleurs, avec des programmes établis en concertation avec les enseignants. Avec la présence d’une crèche, les salariés vont rapidement représenter 70% des effectifs d’une faculté qui mérite largement son titre d’université expérimentale.

Cet autre documentaire de Jean-Michel Carré et Adams Schmedes réalisé en 1975 vous emmènera en immersion totale dans cette université qui restera à jamais une expérimentation unique.

Émission « Retour vers l’info » du 30 août 2019 Une production INA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.