Violences faites aux femmes : la peur du transport

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Crédit : Philippe Serieys
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DOCUMENT. Une majorité de femmes vit dans un état d’insécurité dans les transports publics franciliens. L’Institut Paris Région publie des chiffres sur les violences qu’elles subissent et examine leurs peurs grâce à une enquête.

À l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes, l’Institut Paris Région (IPR) publie plusieurs infographies concernant « les violences sexuelles ou sexistes faites aux femmes dans les transports », établies à la suite d’une grande enquête menée en octobre 2019. Par ailleurs le mois dernier, l’IPR établissait une note rapide (voir en bas) concernant les peurs féminines dans les transports publics.

La peur, omniprésente

L’analyse des auteurs de l’étude fait apparaître que la peur est omniprésente. Elle change de lieu, elle change d’horaire et prend différentes formes sous différentes intensités, mais elle est sans cesse là. Ainsi, 53 % des femmes déclarent avoir eu peur plusieurs fois dans les transports en commun ces 12 derniers mois. Tout se passe comme si une fois la peur installée, elle ne devait plus quitter les rames. C’est la peur du vol, du harcèlement, de l’agression verbale. C’est surtout celle de l’agression sexuelle : pour 20 % des femmes, elle est la principale appréhension ; 43 % d’entre elles expriment une grande crainte la concernant ; et « parmi celles qui redoutent l’agression sexuelle, 68 % en ont subi au moins une ».

Paris réunit tous les facteurs

Ces peurs changent aussi dans le temps et dans l’espace. Ainsi : « À Paris et en petite couronne, on recense des peurs liées aux conditions de circulation surtout à l’ouest : voyager dans une rame bondée ou déserte est vecteur d’insécurité personnelle. » Ou encore : « Tôt le matin, la première crainte féminine est l’agression verbale, alors qu’au cours de la matinée puis de la journée, la peur du vol sans violence occupe la première place. » Des changements certes, mais aussi deux tendances avérées :

1/ C’est au sein du Grand Paris, et encore plus dans Paris, que se concentrent le plus de facteurs de peur ;

2/ Un facteur concerne quasiment toutes les lignes du réseau francilien sur quasiment toute leur étendue : « l’esseulement » provoqué par une gare déserte, mal éclairée et sans personnel.

Stratégies et gendarmes

Pour faire face à ce sentiment d’insécurité et éviter le plus possible toutes les formes d’agression, les usagères des transports mettent en place des stratégies. L’enquête de l’IPR révèle ainsi que 13 % des femmes déclarent se faire accompagner, 93 % font semblant d’être occupées et 66 % disent modifier leur apparence pour, comme l’explicite la sociologue Marylène Lieber, « donner une image d’elles-mêmes qui n’incite pas les hommes à les aborder sans qu’elles le veuillent ».

De leur côté, les pouvoirs publics et les gestionnaires des réseaux doivent mettre en place les conditions nécessaires pour apaiser cette tension. De ce point de vue, il y a peu de surprise : seule la présence humaine rassure. C’est la forme de cette présence qui varie. Pour les répondantes les moins inquiètes, les agents de sécurité de la SNCF ou de la RATP peuvent suffire, parfois même la seule vidéoprotection. En revanche, les femmes les plus craintives (notamment celles qui ont vécu un certain nombre d’expériences de peur) priorisent la présence de policiers ou de gendarmes.

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